Pierrette Paule Désy, Fort George, baie James. Une ethnohistoire… (2014)



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Expédition du Dr Hendry
et de George Atkinson, 1828

De ce point de vue, les voyages suivants, de 1828 et de 1830, sont presque la répétition de ce que nous avons lu chez Clouston, bien qu’ils précisent des points devenus familiers 262. L’expédition du Dr William Hendry et de George Atkinson fut plus rapide : elle dura du 1er juin au 6 septembre 1828. Deux faits notables en ressortent : la rencontre, à nouveau, de rassemblements plurifamiliaux et la peur des Inuit. La crainte des ennemis traditionnels se manifeste à plusieurs reprises au cours de l’exploration. En amont de la Koksoak, là où Clouston avait rebroussé chemin, Hendry note le 17 juillet : « On n’a pas eu de viande aujourd’hui, car aucun caribou [114] n’a été tué dernièrement, les Indiens montrent une aversion particulière à chasser sur ces territoires parce qu’ils ont peur des Esquimaux 263. » Un autre jour, un chien husky passant près de leur campement provoque un vif émoi : c’est un signe avant-coureur de la présence des Inuit. Tout aussitôt, les Indiens, bien qu’ils ne les aient pas encore vus, mettent les armes à la main. En vain puisque l’animal a bientôt disparu. Parvenus à la jonction des rivières Koksoak et Caniapiscau, les guides refusent d’aller plus loin. Avant d’y consentir, ils doivent être longuement encouragés et exhortés.



Expédition de Nicol Finlayson, 1830-1833

Le voyage de Nicol Finlayson en compagnie d’Erlandson fut lié directement à la création de Fort Chimo, sur la baie d’Ungava 264. L’expédition reprit le même itinéraire que celui du Dr Hendry et d’Atkinson. Le but était d’hiverner dans l’Ungava, d’y établir un poste en aval de Koksoak et de prendre contact avec les Inuit. En plus de guides amérindiens, on engage deux Inuit : Moses et Ooligbuck, qui auront une influence prééminente sur le commerce à Fort George et Fort Chimo. Un épisode remarquable se produisit lorsque la troupe atteignit la Petite-Baleine, le 11 juillet. Finlayson écrit : « Il y avait plusieurs familles indiennes qui nous attendaient sur la rive, certaines avec des fusils, des arcs et des flèches, d’autres avec des haches et des harpons. Elles expliquèrent leurs signes d’hostilité en disant qu’elles nous avaient pris pour une brigade d’Iroquois de qui elles ont toujours peur 265. »

Le lendemain, les voyageurs se préparent à avancer plus avant dans l’intérieur, mais les Indiens refusent de les suivre. Un incident que Finlayson mentionne dans son journal était survenu peu auparavant : « Un vieux “chasseur d’Esquimaux” avait utilisé toute son éloquence pour nous persuader de retourner sur nos pas affirmant que la région où nous allions nous établir ne produisait même pas le bois nécessaire pour faire bouillir l’eau dans une marmite, et que les indigènes nous tueraient, et puis nous mangeraient, et ainsi de suite. Les guides et les métis suivirent ce discours avec une attention soutenue et, en conséquence, refusèrent d’embarquer 266. »

Finalement, après de longues palabres, les Indiens consentent à continuer. À plusieurs reprises par la suite, ils tenteront de quitter l’expédition, se rendant [115] compte qu’ils s’enfoncent de plus en plus en pays ennemi ; mais toujours, on les persuadera d’avancer. Vers le 27 juillet 1830, ils atteignent un lac où les restes d’un campement de chasseurs de caribous sont encore visibles. Ce sont, d’après les guides, les Indiens des Postes du Roi (de Mingan) qui viennent ici pour chasser. À la rivière Kenogamisi, Finlayson, qui avait promis aux Indiens de les laisser repartir, tient parole et leur laisse un seul canot pour le retour.

À vrai dire, l’expédition n’en a plus tellement besoin puisque bientôt ses membres vont faire la rencontre d’Inuit, établir Fort Chimo à proximité de l’ancien emplacement appelé Le Repos du Pèlerin, fondé par les Frères moraves. Fait intéressant, des Inuit rencontrés sur place avouent ne pas être originaires de ce pays, où ils viennent rarement, le leur étant situé vers le golfe Richmond, mais qu’après avoir subi la perte d’un ami ou d’un parent, ils en ont été expulsés par les Amérindiens qui le fréquentent également 267.

Voilà ce que nous apprennent les observations tirées de ces expéditions. En général, elles concordent en ce qui a trait à la guérilla que se livrent entre eux Inuit et Amérindiens. Elles révèlent des aspects de la vie communautaire des autochtones, en particulier le troc qu’ils font d’abord entre eux en excluant les commerçants britanniques et canadiens. Les routes suivies par les voyageurs sont celles-là mêmes que les autochtones empruntent depuis des millénaires. Les grands rassemblements ont lieu durant l’été, et dès l’automne, les familles étendues vont vers les territoires de chasse où elles passeront l’hiver. L’examen de ces expéditions délimite en outre le domaine amérindien du domaine inuit, montre les liens entrelacés de la taïga et de la toundra, sans toutefois circonscrire de manière formelle et incontestable les champs de contact dans l’hinterland entre Cris, Innus et Naskapis.

Même si la Compagnie ouvrira en 1830 un poste au lieudit Fort Chimo sur la Koksoak (fermé en 1843 et rouvert en 1866), elle n’aura pas établi pour autant de relations commerciales avec les Inuit qui vivent sur le littoral de la baie d’Hudson ni consolidé celles avec les Amérindiens septentrionaux, pas plus qu’elle n’aura mis fin à sa hantise des Canadiens et des Innus du golfe Saint-Laurent qui jouent les intermédiaires en trafiquant avec les Cris de la baie James, une injure au sens de l’organisation des Britanniques.

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