Pierrette Paule Désy, Fort George, baie James. Une ethnohistoire… (2014)


Marchandises offertes et leur valeur en peaux de castor



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Marchandises offertes et leur valeur en peaux de castor

marchandises

quantité

valeur peaux de castor

perles de porcelaine

5 lbs (2,2 kilos)

20

perles de verre

15 lbs (6,8 kilos)

20

couvertures (variées)

76

240,5

tabatières

8

4

tabac

200 lbs (90 kilos)

133

ficelle (de fine à grossière)

126 pelotes (dimension inconnue)

126

fil à repriser (chaussettes)

8 bobines

8

feutre

41,25 yards (37,7 m

41,25

tissu bleu ou vert côtelé

309,5 yards (283m)

619

peignes

40

10

tissu de laine (duffel)

5,25 yards (4,8 m)

7

flanelle

27,5 yards (25 m)

27,5

vestes flanelle

9

9

chemises calicot

4 (garçon)

4 (bébé


6

2


chemises à carreaux

6

9

chemises coton

21

31,5

vermillon

12 lbs  ? (5,4 kilos)

6

chaussures

3 paires

6

baïonnettes (lames)

6

3

pierres à fusil

200

10

fusils (de 0,9 à 1,20 m)

24

258

haches

20

10

limes

6

3

poudre

270 lbs (122 kilos)

180

plombs et menuisaille

675

135

poires à poudre

5

2,5

couteaux

65

8

pics à glace

16

8

pièges en métal

8

24

ciseaux

2

1

coffres

2

2

casseroles étain

24

24

bouilloires

78

78

marmites

5

3

total




2 075,25 MB

[84]

Tableau IV

Peaux de fourrure offertes par les chasseurs et leur correspondance
en étalon castor (made beaver)

peaux

quantité

valeur en peau de castor

ours

noir 1er choix

moyen

commun


ourson

26

6



6

8

130

18

18



8

ours

blanc 1er choix

commun

6

2


18

4



castor

peau entière

demi-peau

petit


chutes

260


110

4

1,5


260


55

1

1



castoréum

18 lbs (8,1 kilos)

6 lbs (2,72 kilos)

lynx

1er choix

moyen et intermédiaire

88

24


176


24

caribou

peau tannée

peau non tannée

femelle

210

3

34


210


6

17


renards

gris 1er choix

croisé

rouge


bleu

blanc


abîmé et intermédiaire

28

37



95

2

76



4

91

74



95

1

30



2

oie (canard, eider, cygne)

duvet


plumes

pennes

64 lbs (29 kilos)

750 lbs (340 kilos)

29 000 unités

32

75



58

martre

1er choix

commun

abîmé et intermédiaire


503


231

38

251,5

77

9,5



vison

14

3,5


rat musqué

65

6,5


loutre

1er choix

commun

petit



142

45

4


204


45

2


lapin/lièvre 194

4 540

113,5

mouffette

6

0,6

loup

1er choix


14

20


carcajou

1er choix

intermédiaire

21

3


42

3



valeur




2 188,1 MB

[85]

Tableau V
Activités de George Atkinson, Thomas Alder et James Clouston (1806-1824)

George Atkinson

1806

Atkinson explore la côte

1806 décembre

devant le comité à Londres, interrogé sur la conduite des Canadiens

1807 

nommé au conseil du département de la terre de Rupert

1807-1813 

direction de Big River, conseiller auprès des caboteurs qui explorent la côte pour les fourrures et l’huile

1810

jalousies créées autour de son influence

1813 août

Big River évacué

1815-1816, 1816-1817 et 1817-1818 

posté à Grande-Baleine, chasse en forêt et voyages de découverte

1816

exploration à l’intérieur de Grande-Baleine jusqu’au lac Bienville

1818

deuxième exploration à l’intérieur

1818-1819 

rente annuelle accordée par la Compagnie

1822-1824 

Clouston, en charge de Big River, se plaint de son influence auprès des Indiens

1823

achat d’une terre à la rivière Rouge par le Comité

1828

troisième expédition à la Koksoak avec le docteur Hendry




Thomas Alder et James Clouston

1812-1813 

Alder devant le comité à Londres pour plaider sa cause

1814

critique la gestion d’Atkinson

1813-1816 

direction de Grande-Baleine

1814

exploration de la Nastapoka

1816

retour forcé à Big River (famine et froid intense)

1816-1817 

1817-1818



gel et famine

idem

1819 

Alder recommande l’abandon de Grande-Baleine au bénéfice de Big River

1819-1820

expédition de Clouston

1820-1821 

légère amélioration de la chasse, mais famine

1822-1823 

Alder remplacé par Clouston

1823

Clouston recommande fermeture de Big River

1823-1824 

Conseil approuve la recommandation

[86]

Tableau VI

Rations accordées aux frères Atkinson
durant la période de famine

hiver et printemps 1817

visites des Atkinson

rations (viande et farine), munitions

29 janvier

George et fils

1 mois

21 février

fils de Jacob

1semaine

25 février

Jacob

1 semaine

3 mars

George

6 semaines

3 mars

Jacob

5 jours

23 mars

fils et fille de George

3 semaines

4 avril

George

3 semaines

4 avril

Jacob

2 semaines

18, 23, 26, 28 mai

George et Jacob

1 ou 2 semaines

30 mai

George (intention de payer)

Jacob


2 semaines

1 semaine



[90]

Chapitre VI


LES ANNÉES PÉRILLEUSES

À propos de Big River

Retour à la table des matières

Contrairement à l’opinion des administrateurs, Thomas Alder reste convaincu qu’on peut très bien conduire les opérations à partir de Grande-Rivière : « Dans mon rapport de l’année dernière, j’ai donné mon avis en écrivant que le commerce de l’huile et la traite des fourrures pouvaient être menés avec facilité et succès de Big River et que de multiples inconvénients et dangers seraient… évités 195. » De plus « les Indiens, qui vivent à une distance considérable dans le Nord, seront détournés de la toundra qu’ils fréquentent à cause de l’emplacement de cette localité 196. »

Ce n’est certes pas l’opinion de George Gladman, établi à Eastmain où il a un rang prééminent, persuadé que les Indiens du Nord ne délaisseront jamais la toundra. Lors d’un voyage de reconnaissance en 1818 aux deux rivières à la Baleine, il relate : « Il se trouve ici [Grande-Baleine] une douzaine d’hommes qui déplorent de n’avoir entre eux que trois foënes pour harponner les bélugas bien qu’ils en aient attrapé beaucoup, ceux-ci étant innombrables. Ces Indiens vont quasi nus ne disposant que de vieilles peaux de caribou pour se vêtir 197. » Gladman ajoute qu’il les trouve indolents au point de tirer peu de profits des moyens qui sont à leur disposition ! Paroles qui cachent un incroyable paradoxe puisque, de son propre aveu, il n’y a ni l’équipement, ni les embarcations, ni la main-d'œuvre nécessaires pour mener à bien l’entreprise. Mais du point de vue de l’auteur, « l’immense bande de “marsouins” » en aval de la rivière devrait les inciter à se lancer bon gré mal gré dans l’aventure. À Petite-Baleine, il a même distribué du tabac, mais évité, sur les conseils de Jacob Atkinson, de servir du rhum dont l’effet est jugé préjudiciable aux opérations. Seulement voilà, sans rhum, les gens ne veulent pas travailler et, avec du rhum, ils en perdent l’envie.

But it appears that by giving Rum the Indians are unable to work and by refusing they will not. It is clearly apparent Indians are not the persons to [91] depend on in carrying on this business with any prospect of success sufficient to support an Establishment. It must be effected by the Company’s servants as principals, with a proper net and more men and energy than has been exerted this season, which is the most favourable that has been known for some years past 198.

Gladman remarque que les autochtones viennent camper sur le littoral afin de se procurer du blanc de béluga, de l’huile et certaines parties délicates de la chair avant de reprendre leurs quartiers d’hiver dans l’hinterland. Il sait bien que ce sont des chasseurs de caribou et non des pêcheurs de béluga qui n’auraient pas idée d’en tirer profit. D’ailleurs, ajoute-t-il, de cette contrée pierreuse, excepté le renard, la martre et la loutre, le castor est à peu près absent. De son point de vue, l’idée de convaincre les habitants de quitter leur pays pour le sud est absurde :

…The tribe of Indians to the northward of Cape Jones are mostly distinct people with different accent from those to the southward of the point and never change their usual haunts except occasionally visiting Eastmain 199.

Le succès de la pêche au béluga repose sur le bon vouloir des autochtones de se plier à un exercice pour lequel ils montrent peu d’empressement, à moins qu’il ne vise leurs besoins domestiques. En conséquence, malgré le faible taux de rendement, le Comité oscille constamment entre l’interruption de l’exploitation et sa poursuite sans parvenir à prendre une décision. À ce sujet, les exposés de Gladman et d’Alder se contredisent, car ils reposent sur des perceptions opposées et sur l’esprit de compétition qui anime les deux hommes, surtout Gladman qui tire la couverture à lui sans posséder l’expérience de terrain d’Alder à Grande-Baleine, ni son abnégation. Ce dernier a vécu des hivers d’une difficulté inouïe, ce qui n’est pas le cas de Gladman qui réside dans un comptoir de loin plus confortable où l’on trouvait même dès 1807 une école destinée aux enfants métis des commis, école dont le maître n’était autre que Clouston, qui sera nommé à Grande-Rivière en 1822 200. (Mais par la suite, Eastmain, qui était devenu officiellement une factorerie en 1786, aura perdu son statut pour dépendre de Moose Factory.)

Le Comité finit par conclure, d’une part, que le commerce de l’huile a échoué et, d’autre part, que celui des fourrures est médiocre. En conséquence de quoi il ordonne la fermeture de Grande-Baleine en 1819 avant de se raviser, réduire les effectifs et transformer le lieu en avant-poste subordonné à Eastmain : « …afin de donner toutes les chances à la pêche au béluga, on fera une dernière tentative … à partir de Big River, mais sur une échelle réduite et avec un seul petit bateau 201. »

[92]

La saison de 1820-1821 se révèle productive grâce à une quantité appréciable de martres et de renards, les plus belles fourrures qu’Alder ait jamais reçues, quoique les Indiens se plaignent de mourir de faim (martre et renard n’étant pas comestibles) avec seulement des perdrix et des lièvres émaciés à se mettre sous la dent 202.



Hélas ! Alder en est à telle enseigne qu’il n’a plus dans son garde-manger que du lard putréfié, de son aveu impropre à la consommation, dont le seul usage qu’il propose de faire serait de l’offrir à ceux qui meurent de faim 203, une façon assurée de les précipiter au tombeau. Une idée impensable aujourd’hui et qui montre en tout cas que le comptoir se porte très mal. Il faut ajouter qu’on mesurait mal les ravages de la trichinose et ceux des ptomaïnes, ces substances toxiques formées par la putréfaction des protéines animales.

Pourtant plus tôt, il ne s’était pas embarrassé pour affirmer que « le moment est venu d’offrir un baril ou deux de farine d’avoine » à ceux qui ont faim, et déplorer d’en être empêché par les règlements. À son avis, cette rigidité ne constitue en rien de l’épargne, mais révèle au contraire une « posture pusillanime dont le résultat non seulement nuit au négoce, mais s’attire le mépris et le déplaisir des autochtones, ce qui est déjà le cas 204 », ajoute-t-il, conscient de l’absurdité d’une situation où l’appât du gain prend préséance sur la condition humaine.

On peut à cette réflexion en opposer une autre au sujet d’un Indien qui campe avec Jacob Atkinson : « Ce chasseur a abattu dernièrement huit caribous et piégé onze ou douze castors, pourtant pendant l’hiver, il a reçu de ma part des présents à plusieurs reprises, de la poudre, des balles et du tabac pour l’équivalent de 5 à 6 MB, sans compter le rhum qu’il a bu à l’époque de Noël, et les oies et la farine qu’il rapportait à son campement, et en dépit de tout cela, il ne m’a pas offert le moindre morceau de viande pas plus qu’il ne m’en a envoyé 205 ! » Alder ne donne pas plus d’explications sur le sujet tout en inférant qu’il joue désormais un rôle marginal dans la société, raison pour laquelle il est tenu à l’écart.

Le 16 avril, Alder laisse percer sa lassitude ; la famine continuelle a modifié le caractère de son emploi et de ses obligations. Ainsi, il décrit « une famille qui pendant de longues années avait la réputation d’être composée des meilleurs trappeurs et chasseurs d’oies du secteur, mais qui durant l’hiver précédent a connu [93] une faim extrême de sorte que de nombreux adultes et enfants sont tombés très malades 206 ».

The above Indians are extremely sulky and dissatisfied so much so that during 30 years last past...I never before found the task so very irksome and unpleasant 207.

Jamais la tâche ne lui aura paru aussi illusoire et impossible, car ceux sur qui il a pris l’habitude de compter et avec qui il désire entretenir des relations amicales —un sujet d’une rare importance pour quiconque vit au milieu des Amérindiens— sont eux-mêmes au comble du désespoir.

De plus, il a maille à partir avec des visiteurs qui, selon lui, arrivent le plus souvent les mains quasiment vides, tout en exigeant leur ration de rhum, une tactique que les marchands n’avaient pourtant pas hésité à utiliser initialement pour attirer les chasseurs.

A number of crazy worthless Indians are hanging about in hopes of more liquor, and ‘this difficult to get them away 208.

Tandis que le rendement sur l’huile est médiocre, les fourrures proviennent pour la plupart de la zone sise entre la Grande Rivière et le cap Jones. De leur côté, les Indiens du Nord apparaissent rarement ou viennent uniquement pour troquer des peaux de caribou contre de la poudre et du tabac. Alder se tracasse à leur sujet et voudrait les dissuader de parcourir l’Ungava en les incitant à occuper une vaste aire géographique allant de la Petite-Baleine au nord, la rivière Caniapiscau à l’est et les monts Marie-Victorin (Otish) au sud, afin de se livrer au trappage 209. Est-ce là un signe avant-coureur de l’aménagement et de la distribution des territoires de chasse autour du futur Fort George ? Il y a matière à discussion.

Alder dévoile son profond accablement d’autant plus que l’ouverture en 1816 du comptoir de Nichicun dans l’arrière-pays, loin d’arranger la situation, entraîne la ruine de Big River. Il proteste et divague : « Il ne serait pas sage de ma part de riposter en clamant mon ignorance au sujet de ce nouvel endroit. De même, je ne suis pas prêt de reconnaître mon ignorance du commerce et des affaires dans cette partie du pays. Aucun topographe n’est plus disposé que moi-même à confesser “l’ignorance” dont on m’accable. Mais en vérité, si je devais à nouveau être instruit par l’un de ces savants Orkneymen, j’aurai certainement perdu dans la force de l’âge vingt-six années de ma vie, à cet endroit précis, pour bien peu de chose 210… » [94] Dans son désarroi, il pratique l’ironie en se référant par trois fois à sa supposée « ignorance » afin de démontrer a contrario l’homme expérimenté qu’il est devenu, tout en décochant une pointe aux Orkneymen, fiers de leur réputation d’endurance, qui exercent sur lui une autorité rugueuse. Quant à l’expression « topographe » surgie joliment dans sa réflexion, l’auteur, qui a exploré et fait des relevés de la rivière Nastapoka en 1814, lui donne un sens qui correspond à la description de Montaigne dans les Essais, « celui qui décrit les pays étrangers qu'il a visités. » D’ailleurs, n’aurait-il pas fait sienne cette réflexion de Montaigne ?

Est-il possible de rien imaginer (de) si ridicule que cette misérable et chétive créature, qui n'est pas seulement maîtresse de soi, exposée aux offenses de toutes choses, se dit maîtresse et emperiere (impératrice) de l'univers, duquel il n'est pas en puissance de connaître la moindre partie, tant s'en faut de la commander 211 ?

Contradictions

Le Comité directeur, étranger aux conditions de vie dans le subarctique, envoyait des ordres souvent contradictoires qui sapaient l’autorité d’un chef de poste surtout si, à l’instar d’Alder, il se trouvait dans une position précaire. Nonobstant le but ultime d’acquérir des quantités prodigieuses de fourrures, les mandataires sur le terrain n’y réussissaient pas forcément. Les Indiens septentrionaux, en particulier, étaient réfractaires au mode de vie qu’on aurait voulu les voir adopter. Vivant au rythme des saisons, selon les ressources et les affinités électives, soucieux de garder leur indépendance, ils voyaient un atout immédiat dans le troc : pour la chasse, de la poudre et des fusils ; pour les rites et l’agrément, du tabac, du rhum ou du brandy ; pour le supplément alimentaire, du thé et de la farine —cette dernière, particulièrement recherchée, servait à préparer la bannique.

Lorsqu’ils venaient sur le littoral au printemps et à l’automne, ils chassaient les oies, puis repartaient vers l’arrière-pays. Lorsqu’ils échangeaient des fourrures, c’était souvent par des intermédiaires ; une brigade d’Indiens descendait-elle à l’agence par la rivière ou la côte qu’ils leur confiaient leurs ballots. Plus tard, sur le territoire, en des endroits déterminés, ils se rencontreraient et procéderaient au partage des biens. Ce processus n’avait rien de moderne ; il relevait d’un système de troc qui avait existé auparavant par toute la péninsule du Québec-Labrador avec [95] les tribus du Sud : stéatite, peaux de caribou, poissons blancs contre maïs et tabac, entre autres.

Seuls les participants changeaient, et offraient des produits dont la nouveauté prenait petit à petit un caractère indispensable à la vie quotidienne.

Les ambitions des commerçants britanniques ne convenaient guère à ce mode d’échange ; ils sentaient que les tribus nomades leur échappaient alors qu’elles étaient essentielles à leur politique tablant sur une marge de profits de plus en plus importante. En outre, le système de crédit commençait à donner des signes de défaillance, car après la fondation de Neoskweskau et Nichicun, on s’aperçut que nombre de chasseurs, endettés à un endroit, allaient trafiquer dans un autre où ils n’étaient pas connus, se déjouant d’un système pour marquer leur souhait de n’être pas identifiés à un lieudit, tout en se jouant des négociants. Tôt ou tard, ils réapparaissaient, parfois après des années d’absence. Le crédit à long terme ne correspondait pas exactement à la stratégie économique de la Compagnie, aussi importait-il de lier le plus tôt possible les autochtones à des factoreries spécifiques. Le résultat finira par se produire, mais à force d’impondérables : disparition progressive du caribou et du castor dans la grande région de Fort George, cycles de famine liés à l’écologie animale, instabilité relative des migrations d’oiseaux, variations climatiques implacables, autant de facteurs qui engageront la relation des autochtones à la Compagnie et accéléreront leur identification à une factorerie.

Arrivée de James Clouston

Dès l’hiver de 1823, on remplace Thomas Alder par James Clouston. Ce dernier, au contraire de son prédécesseur, ne voit aucune raison de maintenir Big River qui, à son avis, présente le désavantage d’être situé sur la « frontière séparant le meilleur pays à caribous du meilleur pays à fourrures 212 ».

Bien que les renards soient très abondants cette année-là autour du cap Jones, Clouston prétend que, de toute façon, ils migrent généralement au sud de sorte que l’on peut très bien les intercepter à Eastmain comme on peut y intercepter les oies lors de leurs migrations saisonnières vers le nord. En 1823, il écrit qu’« une quarantaine d’Indiens sont à la chasse aux oies à Big River, mais rarement a-t-elle donné un millier d’oies 213 ».

[96]


Il voit d’un mauvais œil la chasse au caribou : « [ceux] qui campent au nord de Big River occupent tout leur temps à tuer le renne dont ils tirent des vêtements et de la nourriture… Les Indiens qui vivent à 200 milles [322 km] d’ici et à l’intérieur ne visitent le poste qu’une fois l’an 214. » Il prétend qu’ils peuvent très bien se rendre à un autre endroit, leur nombre n’étant pas très important : « En 1822, quatorze Indiens de l’intérieur sont allés à Eastmain… ceux-là même qui viendraient en principe à Big River ; il y aurait de plus vingt Indiens qui autrefois dépendaient de Nasquiscau [Neowskiskau] et de Nichequon [Nichicun] et qui maintenant relèvent de Big River… en plus de ceux qui le fréquentent actuellement 215. »

Les groupes réfractaires qui persévèrent dans la poursuite des cervidés lui posent problème : « … lorsque les Indiens hivernent dans la toundra, ils se procurent très peu de fourrures, non pas parce que leurs territoires sont restreints mais parce qu’ils ne sont pas assez riches. Cela montre aussi que ces Indiens n’occupent pas les mêmes territoires chaque année. En revanche, lorsqu’ils sont dans les territoires à fourrures, ils sont à moins de 100 milles [161 km] et tout au plus de 300 milles [483 km] d’Eastmain 216. » Il conclut que les visiteurs réguliers devraient être acheminés vers ce comptoir.

Clouston est visiblement agacé par les pérégrinations des habitants, surtout par ceux qui disparaissent d’un lieu pour réapparaître dans un autre à la première occasion. La fugacité, l’intemporalité l’importunent au plus haut point, car un poste de traite requiert l’ordre et la stabilité que l’absence des autochtones rend problématique et inquiétante. Tout se passe comme s’il voyait de leur part une menace de rupture, car s’ils ne revenaient plus, le poste perdrait son principe mercantile.

Le raisonnement de Clouston à propos de la fermeture de Grande-Rivière repose sur les arguments suivants : Eastmain est plus accessible aux trappeurs qui fréquentent les territoires limitrophes ; quant aux chasseurs de cervidés, ils seront d’autant plus éloignés de la toundra ; il y a peu d’espoir que la situation actuelle change, ce qui signifie que le taux de rentabilité n’augmentera pas.



À ses yeux, l’endroit ne présente aucun intérêt vital et son sort paraît fixé : échec de la production d’huile, pauvreté du castor, allées et venues incontrôlables. Le 12 juillet 1823, il écrit : « Six Indiens qui fréquentaient l’ancien comptoir de [97] Nichequon [Nichicun] sont venus… Ils ont déclaré que les autres Indiens qui appartenaient à Nichequon sont allés aux Postes du Roi 217. » La même année, il dénombre à Grande-Rivière quatre-vingt-douze chasseurs ; parmi eux, six sont à Petite-Baleine pendant l’automne et reviennent pour l’hiver ; sept sont originaires de Grande-Baleine ; cinq autres s’installent sur le littoral vers le cap Jones jusqu’à Noël pour retourner ensuite dans la toundra. Un bien petit nombre. En 1822-1823 et 1823-1824 respectivement, le tableau de chasse 218 fut celui-ci :




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