Pierrette Paule Désy, Fort George, baie James. Une ethnohistoire… (2014)



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Interrogations

À la suite du départ précipité des Canadiens, les interrogations se succédèrent sur le sort de Big River : devait-on abandonner la place ? poursuivre la reconnaissance des côtes ? explorer l’hinterland ? exploiter l’huile de béluga ? prospecter la mine de plomb ? séduire les chasseurs de caribou ? entrer en contact avec les Inuit ? Bref, le marché des fourrures ne donnant pas les résultats escomptés dans cette partie du pays, il y eut du flottement dans l’ordre des préséances, d’autant plus que la compétition entre établissements, sinon entre commis, embrouillait l’enjeu, les uns ne voyant pas la nécessité de rester à Big River, les autres tout le contraire. Pour y voir un peu plus clair, les activités de George Atkinson, Thomas Alder et James Clouston, les principaux acteurs de la Compagnie, servent de points de repère (tableau V).

Les entrepôts de Londres recelant déjà quantité de peaux acquises au sud de la baie James et ailleurs, l’occasion était trouvée pour exploiter l’huile de béluga, un produit de base qui prenait une valeur marchande à l’époque des campagnes napoléoniennes (1800-1815), et remettre en activité la mine de plomb dont le rendement avait pourtant été décevant. L’affaire était intéressante puisqu’un béluga de grosse taille produisait environ 245 litres d’huile. En fin de compte, la production d’huile liée au désir de capter la confiance des Indiens septentrionaux, [68] pesa dans la décision de persévérer, de sorte que, de 1807 à 1813, George Atkinson prit la tête de Grande-Rivière avec mission de surveiller à Grande-Baleine les opérations commerciales. Cependant, on ne tardera pas à lui reprocher de voyager fréquemment, bien qu’il revînt chargé de fourrures recueillies dans les campements, ou de s’absenter pour camper en forêt et sur la côte, en particulier à la baie Moar (rivière du Peuplier), où son père avait aménagé autrefois son domaine territorial (chapitre III) car, de concert avec son frère Jacob, il devait nourrir sa nombreuse famille et parentèle (dont l’effectif atteindra en 1821 quelque 40 individus) :

The numerous families of George & Jacob Atkinson which including son-in-laws, grand children etc. are in number nearly forty, I believe 140

Atkinson, qui écrivait peu ou laissait à d’autres le soin de le faire. n’a pas laissé de journal pour cette période (contrairement à celui sur une expédition dans l’hinterland en 1818 141), continuait d’être cause de tension chez les agents de la Compagnie. De son côté, suite à la visite à Londres de Thomas Alder en 1812, le Comité directeur observa : « Le vrai problème consiste à se concilier les bonnes grâces de George Atkinson […] Son influence sur les Indiens est telle qu’à moins de coopération de leur part, les chances de succès restent minces ; en outre nous craignons qu’il ne soit difficile de construire des rapports cordiaux entre lui et les officiers européens pour une longue durée 142.… » Le Comité conclut en espérant que les obstacles seront surmontés à condition de faire montre de conciliation et de fermeté.

En somme, le rebelle se complaît en compagnie des Cris et non des Britanniques ; l’appel de la forêt lui est mille fois préférable à la monotonie du comptoir ; il possède peu d’aptitudes à s’enrichir ; il n’a que mépris pour la servitude. Ce fils d’Écossais (et Métis) représente la quintessence de la vie native, une cause de désolation de la part du Comité qui aurait voulu gagner ses faveurs, surtout qu’à la suite de son voyage à Londres en 1806, il avait laissé une impression favorable au point d’être nommé membre du « Conseil de la Terre de Rupert » avec augmentation de sa solde. Pourtant, si la séduction qu’Atkinson exerçait sur les Indiens contribua pour une large part à les amener à trafiquer et à pêcher, ils montraient plus de réticence pour la capture du béluga que pour la chasse commerciale. Il n’empêche, on s’interrogeait sur les raisons pour lesquelles ces activités engendraient sous sa gouverne si peu de bénéfices, Atkinson étant peu [69] enclin à tirer profit des autres. Voilà ce qui poussera Alder, pendant son séjour à Londres, à plaider sa cause et démontrer qu’il est le plus compétent des deux pour diriger les opérations.






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