Pierrette Paule Désy, Fort George, baie James. Une ethnohistoire… (2014)



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Les animaux à fourrure et autres

Bien qu’il fût moins répandu au nord de la baie James que son voisin dans son habitat richement boisé du sud, le castor (Castor canadensis) a longtemps dominé [17] le système de traite introduit par les marchands. À la fourrure du castor se sont ajoutées inévitablement des fourrures somptueuses d’autant plus que la traite a toujours suivi la loi de l'offre et de la demande. Parmi ces mammifères, on dénombre les renards roux (Vulpes fulva), croisé (V. lagopus), gris 42 (Urocyon cinereoargenteus borealis) et blanc (Alopex lagopus). Ce dernier, plus petit que ses congénères, résultat d’un cycle de quatre années, compte tantôt une population relativement dense, tantôt raréfiée. Le lynx (Lynx canadensis), la loutre (Lutra canadensis), la martre (Martes americana), le pékan (M. pennanti), le rat musqué dit musquash dans le parler des marchands (Ondatra zibethicus), la belette (Mustela cicognani) et l’hermine (M. erminea) varient en population selon les années, de même que le vison (M. vison) dont le cycle tourne autour d’une dizaine d’années.

Le loup (Canis lupus) préfère s’attacher de préférence aux régions fréquentées par les cervidés, de même que le carcajou (Gulo luscus) considéré comme une malédiction par tout chasseur sur le territoire duquel il aurait élu domicile, car ce carnassier rusé détruit les pièges pour dévorer sa proie. D’après les registres des marchands, la martre et le rat musqué reviennent parmi les animaux régulièrement piégés. Quant au le lièvre à raquettes (Lepus americanus) et au lièvre variable arctique (L. arcticus), aux peaux sans grande valeur d’échange, ils restent des sources alimentaires importantes pour les humains et les prédateurs.

Citons encore le porc-épic (Erethizon dorsatum), à la chair savoureuse, qui choisit les régions mieux boisées, et dans une tout autre catégorie la mouffette (Mephitis mephitis), sans omettre les petits rongeurs tels que la musaraigne (Sorex arcticus), le lemming (Dicrostonyx hudsonius), la souris (Napæozapus insignis), etc., qui sont la proie de prédateurs énumérés ci-dessus et dont l’abondance, en relation directe avec les conditions environnementales, se répercute sur la vie humaine 43. À cet égard, la chaîne alimentaire dans le monde animal est structurée de sorte que lynx et martre se nourrissent du lièvre, le renard de petits rongeurs, et ainsi de suite.



La faune ailée

[18]


La faune ailée fait partie intégrante du paysage. Les oiseaux migrateurs apparaissent au printemps alors que, venus du sud, ils font des haltes avant de monter par milliers dans l’Arctique et en redescendre à l’automne. En ces saisons, remarquables sont les bernaches (Branta canadensis interior et B. canadensis hutchinsi), et la bernache cravant (B. bernicla brota), appelées communément outarde en français. (De ostarde, mot tiré du latin austarda c’est-à-dire avis tarda, avec le même sens en anglais pour bustard, qui signifie « oiseau lent », un contresens pour un oiseau rapide.) Les bernaches se reconnaissent facilement en plein vol, les troupes prenant la forme d’un V au contraire des oies qui se déplacent plutôt en lignes irrégulières. Les Cris de la baie font la distinction entre Branta canadensis interior appelée muskego-nisk’a, le grand oiseau (nisk’a) des marais (muskego) ; B. bernicla appelée winepiko-nisk’a, l’oiseau de la côte ou du bord de l’eau (winepiko signifie eaux vaseuses) ; B. hutchinsi appelée apichichnisk’a, c’est-à-dire le « petit oiseau qui a atteint sa maturité ». Enfin, un dernier spécimen nommé Fort George goose pourrait être Branta canadensis interior (?) ou kaosu-pasawat-nisk’a, le grand oiseau à la poitrine brune, caractéristique attribuée à des taches laissées par une eau ferrugineuse 44.

Les oiseaux qu’on appelle couramment we-we (ou waveys) désignent l’oie blanche (Chen hyperborea) et sa variante l’oie bleue (C. cærulescens). Plus petites que les bernaches, leurs cris, nettement plus élevés, sont lancés sur un ton de fausset. En cours de vol, le troupeau change continûment d’altitude, descendant et montant. Dès la fin octobre, elles ont quitté le cap Jones et la côte autour de Fort George.

Dans la famille des canards figurent le canard noir (Anas rubripes), le canard pilet (A. acuta), la sarcelle à ailes vertes (A. crecca), le garrot à œil d’or (Bucephala clangula), le cacaoui (Clangula hyemalis). Figurent encore le grand bec-scie (Mergus merganser), les macreuses à ailes blanches (Melanitta deglandi), à front blanc (M. perspicillata), à bec jaune (M. nigra), et les plongeons : le huard à collier (Gavia immer), le huard à gorge rousse (G. stellata), et enfin l’eider commun (Somateria mollisima).

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On aperçoit le cygne siffleur (Olor columbianus) aux environs du cap Jones, qui se distingue facilement par sa grosseur et sa blancheur. Au printemps, il arrive plus tôt, parfois avant que la neige ait fondu.

L’été, d’innombrables oiseaux peuplent la forêt et le littoral, en plus de ceux qui sont venus au printemps et ont arrêté leur course dans le subarctique, tels les canards. Particuliers sont le geai gris (Perisoreus canadensis), la sterne commune (Sterna hirundo) et arctique (S. paradisaea), le goéland argenté (Larus argentatus) et le goéland bourgmestre (L. hyperboreus), la maubèche branle-queue (Actitis macularia), l’engoulevent commun dit mange-maringouins (Chordeiles minor), le pinson hudsonien (Spizella arborea), la mésange à tête brune (Parus hudsonicus).

Quelques oiseaux bravent le froid ou hivernent à basse altitude, dont le lagopède des saules (Lagopus lagopus) ou ptarmigan, le lagopède des rochers (L. mutus), la gélinotte huppée (Bonasa umbellus), la gélinotte à queue fine (Pedioecetes phasianellus), le tétras des savanes (Canachites canadensis), ou encore le bec-croisé à ailes blanches (Loxia leucoptera), le durbec des pins (Pinicola enucleator). Quant aux lagopèdes, ils changent de plumage l’hiver et deviennent blancs sauf la queue, qui reste noire 45. Sans oublier le corbeau noir (Corvus corax) qui garde le même plumage pendant toute l’année, les pattes restant complètement nues et le grand-duc (Bubo virginianus), le harfang des neiges (Bubo scandiacus) qui s’équipe de plumes le couvrant entièrement. Enfin les oiseaux de proie contribuent à la chaîne alimentaire, se nourrissant de rongeurs, de poissons, de lièvres voire d’oies blanches, comme le raconte en 1865 John Spencer, chef de poste à Fort George, au sujet d’un aigle qui, à force de donner la chasse à des oies blanches tout le printemps, avait réussi à les déloger pour de bon sans qu’aucune ne revienne 46.

La collecte des œufs a toujours été une occupation importante. De retour d’une expédition de chasse, le même Spencer écrit que, sur les vingt-cinq douzaines d’œufs déposées au comptoir, seuls les deux tiers étaient bons, ajoutant que les œufs de canards avaient été ramassés à temps au contraire de ceux de goélands qui étaient corrompus47. Fait à noter, en 1887, des œufs cueillis à Fort George venaient de pigeons voyageurs (Ectopistes migratorius48. La population des pigeons voyageurs, prodigieuse autrefois, déclina au cours du XIXe siècle pour disparaître complètement.

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