Le national-socialisme comme crise de la modernité



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Département des sciences de la société Prof. Riccardo Lucchini

Séminaire de sociologie Novembre 03



LE NATIONAL-SOCIALISME COMME CRISE DE LA MODERNITé


Texte 3) :
Jacques Droz, « Le romantisme poétique en Allemagne », pp. 7-36, Colin 1963

Anne Perriard, Dominique Vaucouret, Sonia Bieri , Anne Perrin


Sturm und Drang (1767-1785)


Liberté totale de l’esprit créateur, du génie, réaction contre le rationalisme

Auteurs  Gœthe, Friedrich Schiller, (Wagner), Friedrich Müller

Courants littéraires allemands

Aufklärung (1720-1785)


L’homme émerge d’une tutelle qu’il s’est lui-même infligée et cherche l’indépendance spirituelle et politique

Littérature éducative et critique



Auteurs: Christian Fürchtegott Gellert, Georg Christoph Lichtenberg, (Immanuel Kant)

Empfindsamkeit (1740-1780)


sentimentalisme et influence du piétisme

Auteurs : Matthias Claudius, Friedrich Gottlieb Klopstock

Romantik (1796-1835)

Retour de l’irrationnel, nostalgie du passé


Politiquement, trois tendances : nationalistes, progressistes ou conservateurs

Auteurs : Friedrich Schlegel, Novalis, Jacob & Wilhelm Grimm, Görres, Fichte

Biedermeier (1815-1848)


Expression de la culture bourgeoise sous la Restauration

Auteurs :Annette von Droste-Hülshoff, Jeremias Gotthelf, Adalbert Stifter


Das junge Deutschland (1830-1850)


Dépasser le romantisme grâce à l’engagement. Œuvres interdites parce qu’elles rejettent les valeurs traditionnelles (christianisme, autorité, propriété).

Influence pour la presse



Auteurs : Georg Büchner, Heinrich Heine

Gegenströmungen zum Naturalismus

(1890-1920)

trois réactions au naturalisme

Les impressionnistes reproduisent des sensations, les néo-classiques rendent compte du sentiment aristocratique de la vie

Le néo-romantisme s’en tient au culte de la beauté sans implication sociale



Auteurs : Arthur Schnitzler, Rainer Maria Rilke, Hermann Hesse


Naturalismus (1880-1900)


L’homme. à l’instar de la nature, est explicable. Influence de Darwin, de Marx

Auteurs : Gerhart Hauptmann, Arno Holz


Expressionnismus (1910-1925)


recherche de nouvelles voies d’expression, contre le militarisme absurde et l’impérialisme

Auteurs : Gottfried Benn, Franz Kafka, Heinrich Mann


Verlorene Wirklichkeit (1918, 1945)


il n’y a pas de délimitations claires dans la littérature durant cette période

Auteurs : Heinrich Mann, Thomas Mann, Hermann Hesse,– Robert Musil, Stefan Zweig Bertolt Brecht, Ödön von Horvath (Jaspers)

Les motivations des romantiques

Les écrits du britannique Edmond Burke (1790) étaient largement discutés en Allemagne au tournant du XIX° siècle. Celui-ci affirme que la raison est incapable de fournir un corps de lois durables, qui ne peut être le fait que de l’héritage d’un long développement. Notion de collaboration entre les générations successives.



Conceptions de l’Homme


Les romantiques rejettent en premier lieu l’individualisme prôné par les lumières comme par la Réforme :

En réponse à une pensée abstraite et individualiste normalisante, les romantiques vont opposer une conception organique de l’Etat fondé sur l’amour de ses citoyens. De même le catholicisme ultramontain semble le principal rempart de la légitimité de la monarchie.

Le libéralisme affirme aussi la liberté d’entreprise individuelle, perçue comme facteur de dissolution au même titre que l’achat foncier.

A cet individualisme, le romantisme oppose la liberté du génie créateur, affranchi de la « plate morale » uniforme de l’Aufklärung.




Cadre politique


Il est important de noter que la révolution française a d’abord suscité l’enthousiasme de ces hommes, avant qu’ils n’en soient déçus et ne combattent l’expansion napoléonienne.

En effet, l’universalisme de la révolution, comme sa diffusion par les campagnes napoléoniennes, remettait en cause les spécificités nationales.

Il apparaissait donc essentiel de préserver une identité nationale dans la guerre contre Napoléon. Les romantiques entendent préserver le caractère particulier de chaque nation de « la contamination des influences étrangères ».

Par exemple, l’introduction d’un code civil, sur le modèle français, apparaît comme un « crime à l’encontre de l’Allemagne ».



Facteurs personnels

L’histoire personnelle des romantiques est aussi significative, leur origine comme leur formation et leur milieu de vie leur créent des affinités avec la Contre-Révolution :

Ils appartiennent à la bourgeoisie mais de fortune modeste et sans avec le commerce et l’industrie, principaux bénéficiaires du libéralisme. Ils ont un complexe d’infériorité sociale. Ayant un forte culture scientifique, ils n’ont pourtant pas trouvé de chefs d’entreprise capables d’utiliser leurs talents. Ils recherchent donc la protection des puissances établies, à savoir l’aristocratie. Les démarches pour l’ennoblissement ou de conversion au catholicisme relèvent de cette quête de légitimité et d’appartenance.

Dominique VAUCORET




L’État idéal selon les romantiques

Pour les romantiques les traditions, l’histoire et les valeurs irrationnelles prenaient beaucoup d’importance. Ils développaient un certain culte du génie créateur, du poète divin qui lui seul est libre car il n’est plus sous le joug de la raison et a pour cela la liberté totale de l’esprit. Le poète romantique peut ainsi créer sans cesse les pièces du monde mais il doit veiller à rester en contact continuel avec les autres hommes car chaque homme n’est pas seulement homme mais doit toujours être l’humanité entière. Ce sont les liens d’amitié qui unissent les hommes.

Pour pouvoir parler de nation ( Volkheit ou Volkstum ). il faut que les gens habitent la même région, parlent la même langue et partagent un certain nombre de traditions, coutumes, institutions et croyances. Le peuple est divisé en Stände, chaque personne se voit ainsi attribuer sa place dans la société. Il y a différentes théories des ordres mais le principe reste le même : la société est organisée d’une manière hiérarchique et les liens féodaux sont valorisés de sorte à ce que la noblesse soit préservée des dangers que comporte l’émancipation paysanne. Les romantiques ont donc attribué une grande importance à l’État qu’ils définissaient comme monarchie républicaine et qu’ils envisageaient comme un organisme indépendant avec sa propre existence et ses propres lois. Il est fondé sur les sentiments de foi et d’amour puisque le roi tient sa légitimité de par l’amour de son peuple et il est en même temps l’image du peuple. L’État est le moyen pour la réalisation du droit qui prend sa source dans la foi. Mais pas n’importe quelle foi mais celle prêchée par l’Église médiévale car, selon les romantiques, il avait existé un ordre œcuménique au Moyen Age et c’est l’idéal qu’il faut retrouver en reconstituant l’unité européenne. Les papes sont les représentants de cette mission.

Parmi les romantiques on trouve deux visions différentes de la guerre. La première dit que chaque pays a sa propre histoire et culture et elle considère la guerre comme un signe de patriotisme. La deuxième prétend que la culture allemande est supérieure aux autres cultures et qu’il faut pour cela épurer le ‘moi’ national des autres influences.



Approche du politique par les romantiques

Comme le précise Jacques Droz au début de son texte, « il apparaît comme paradoxal, au prime abord, de lier une épithète politique à la désignation d’une école littéraire. » (p. 7) Au prime abord seulement, car si on lève le rideau de la scène littéraire on se retrouve face à des hommes déstabilisés par la perte de prestige de leur statut social bourgeois. Leur littérature idéalisant le temps des épopées traduit ce malaise face à l’ordre social qui s’esquisse en cette fin de 19ème siècle ne les incluant pas dans le cercle des privilégiés. L’insécurité dans laquelle les plonge la perte de légitimité de leur position sociale les oriente vers une exaltation du sentiment d’amour, un repli vers les valeurs refuge du passé médiéval, heure de gloire de l’aristocratie, de laquelle ils cherchent la reconnaissance et la protection. Cette recherche de protection et de reconnaissance constitue en soi déjà une orientation politique.

Jacques Droz affirme que les romantiques ont osciller entre des tendances diverses telles que  traditionalisme, humanitarisme, et nationalisme  « sans toutefois qu’il soit possible de ramener le romantisme à l’une ou l’autre de ces formules » (p.7). En conclusion de son introduction, l’auteur déclare « le romantisme ne doit pas en Allemagne être considéré seulement comme une esthétique ou une philosophie des sciences, mais aussi comme une « politique » qui le situe au cœur du mouvement contre-révolutionnaire européen » (p.9).

Comment définir l’approche du politique par les romantiques, d’un point de vue sociologique ?

Le schéma de la p.26 du cours d’introduction à la sociologie nous propose une grille de lecture nous donnant des pistes d’analyse de ces courants idéologiques du 19ème siècle.
Comparons en quoi la vision des romantiques se rapproche ou se distancie des propositions émises à la p.26.

Approche en termes de finalités

Cette approche regroupe les tenants des théories du contrat social, les pro-révolutionnaire.




  1. Le politique est un système d’action cohérent qui administre la société globale.

Les romantiques ne peuvent adhérer à une telle vision. Pour eux, la société est un organisme vivant, qui ne se développe pas de façon rationnelle. Schleiermacher, Schlegel et Schelling comparaient l’Etat à  « une plante qui se développe selon ses propres lois », et « il a été le fruit d’une longue maturation inconsciente, il participe à une destinée qui lui est propre, à laquelle il est bien vain que l’homme d’Etat cherche à le soustraire » (p.18). L’Etat n’apparaît comme un simple concept, il sera « une Idée, qui se gouverne selon ses lois propres et son devenir historique » (p.18) Exaltant les valeurs irrationnelles telles l’amour, ils pensent qu’on ne peut imposer des lois. En définitive, les individus obéiront au roi par foi en lui.

Piste de réflexion : la nuance entre idée et concept. Cet exemple démontre bien le processus d’argumentation qui se joue à des subtilités d’associations de mots.


  1. L’action politique est perçue comme étant la mobilisation de ressources humaines pour atteindre un objectif commun.

Pour les romantiques, le but commun serait de tendre vers le modèle idéal de l’ordre social médiéval, et ceci par l’intermédiaire des liens d’amitié. Schleiermacher soutenait comme « impératif moral pour l’homme de ne pas demeurer seul » (p.14) Ils développent une théorie sur l’amour et l’amitié, les différenciant : l’amour, une amitié universelle. Ils donnent une nouvelle vision de l’amour, démontrant l’unité du corps et de l’âme, allant ainsi à l’encontre de celle générée par le dualisme cartésien séparant l’amour sensuel et intellectuel. Ils sont d’ailleurs persuadés que « seul l’amour sensuel peut ouvrir les arcanes de la vie religieuse » (p.15) Ils « éprouvent une secrète nostalgie pour la société féodale, ses méticuleuses prescriptions de services et d’honneurs, ses dépendances de personne à personne » (p.21)


  1. Le pouvoir est conçu comme la ressource principale dans la recherche et l’obtention des buts communs.

Le pouvoir, l’état au sens de l’Aufklärung n’a pas de place dans la vision romantique. S’ils rejettent l’individualisme libéral, ils adhèrent à un individualisme romantique fondé sur le culte du génie créateur. « (…) le destin appartient aux individualités puissantes, à celles qui ont su s’affranchir de l’esclavage du monde sensible et imposer à leur tour la loi de leur pensée sur ce qui leur est extérieur » (p.12). Les Schlegel et Novalis parlent d’un « égoïsme divin ». On peut donc en déduire qu’ils sont très lucides quant à leur envie de prendre le pouvoir ; seulement ils y mettent d’autres arguments. Ils opposent « à la théorie du contrat social l’excellence des liens d’homme à homme » (p.10). Le modèle sociétal idéal est celui de la société féodale hiérarchisée, fonctionnant sur les relations de dépendance des corporations. « (…) Tous opposent aux prétentions d’une raison universelle l’originalité de chaque nation et de chaque culture » (p.10)

Approche en termes de puissance

Cette approche synthétise la conception marxiste de la société.



Ils conçoivent la société comme un organisme vivant, se développant selon ses propres lois. Contrairement à Marx pour qui la propriété foncière était source de malheur, A. Müller en préconisait « l’inaliénabilbité » (p.21 ). Il la considérait  « comme un « sacrement » qui unit irrévocablement l’exploitant à la terre qu’il cultive ». Le mot « sacrement » transparaît cette revendication, appropriation divine dans l’identité des romantiques.





  1. La société est constituée par des groupes antagonistes

Pour eux, la société est hiérarchisée, en Stände. Chacun a sa place, il n’y a pas de groupes antagonistes, mais des individus reliés par de forts liens d’amitié, comme au temps des corporations.


  1. L’Etat concrétise le contrôle d’un groupe sur la société ; le droit s’exerce sous fond de violence

Les romantiques ont repris pour leitmotiv le point de vue de Burke quant au thème des lois. Pour ce dernier, « la raison est incapable de fournir un corps de lois durables » qui « sont l’héritage d’un long développement historique et le fruit de la collaboration de générations successives » (pp.9-10). Pour eux, « il ne saurait y avoir de constitution écrite(…), la Révolution est une épreuve envoyée par Dieu pour punir les hautes classes de leur athéisme ou de leur indifférence religieuse, (…) la période post- révolutionnaire sera marquée par une lutte à mort entre le christianisme et la prétendue « philosophie » » (p.10) La société se construit par l’amour.

« A la place des contraintes juridiques s’exprimera la foi dans l’Etat, (…), la foi dans la personne du roi, être d’essence supérieure en qui s’incarne la nation »

« L’Etat romantique ne fera (…) appel ni à la crainte, ni à l’utilité, ni à la majesté de la loi, mais à la communion mystique des sujets dans une même foi, aux liens d’homme à homme, au loyalisme dynastique » (p.17)

Conclusion :
Approche du politique en termes de liens d’amour


  1. La société est un organisme vivant, qui fonctionne selon ses lois propres.

Son âge d’or réside dans le temps des chevaliers ; il faut donc se rapprocher le plus possible de ce modèle idéal, en préservant les liens de hiérarchie féodale.


  1. La société est constituée par des groupes dépendants les uns des autres, où chacun trouve sa place, naturellement.




  1. La foi religieuse assure la cohésion sociale.

Quelques questions

      1. Quel éclairage la psychologie apporte-t-elle sur le mécanisme qui a poussé les romantiques allemands à idéaliser le passé, se chercher des racines dans l’essence des valeurs indiennes et s’en attribuer la descendance, pour finalement se sentir comme une « race supérieure », et de ce fait, devant se protéger d’être contaminer par l’étranger ?




      1. Les romantiques se revendiquaient des valeurs telles « égoïsme divin », « génie du culte créatif »… Louis XIV pensait également être un descendant direct de Dieu. N’y a-t-il pas une similarité de comportement et d’attitude fanatique dans ces revendications divines ? L’actualité ne donne-t-elle pas de multiples exemples de telles déviances ?




      1. La foi, cette arme irrationnelle par excellence, n’a-t-elle que la raison comme antidote ?



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