Chapitre Le roman et ses personnages : visions de l’homme et du monde L



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Sujet de bac 2


Question
Analyser le sujet

La question suggère que les textes n’appartiennent pas vraiment au registre merveilleux, mais qu’ils y confinent.

Cherchez des points communs entre les textes pour éviter de les traiter séparément dans votre réponse.
Les trois textes se rapprochent du registre merveilleux, pour différentes raisons.

Tout d’abord, il semblent hors du temps : il n’y a pas de trace du contexte moderne. Tobie remarque que Raphaël n’a pas de montre au poignet dans le texte de Sylvie Germain. Le narrateur du Rivage des Syrtes affirme : « le sentiment du temps s’envolait pour moi ». Les personnages ont d’ailleurs un rapport fusionnel avec la nature : Jourdan est un paysan à ce point touché par le clair de lune, qu’il veut labourer en pleine nuit, le couple du Rivage des Syrtes est fasciné par un volcan, et Raphaël a des rapports familiers avec les animaux.

De plus, les textes utilisent le vocabulaire du merveilleux et de l’exceptionnel. Dans Que ma joie demeure, le premier adjectif est « extraordinaire ». Dans Le Rivage des Syrtes, on trouve les adjectifs « énigmatique », « mystérieuses », « parfaite », et l’adverbe « irréellement ». Dans Tobie des marais, le mot « merveille » est sujet à quiproquo : il s’agit en fait d’une pâtisserie, mais ce mot déstabilise le narrateur.

Les trois épisodes constituent donc une sorte de révélation pour les personnages : Jourdan « n’avait jamais vu ça » ; Julien Gracq utilise des phrases courtes pour exprimer la révélation que constitue le spectacle du volcan aux yeux du narrateur : « Il était là », et « Tout à coup je vis ». Il emploie le verbe voir sans complément, comme pour un miracle. Quant à Tobie, il semble fasciné par Raphaël, qu’il trouve insolite, il est « éberlué ».

Enfin, ces textes ont un lien plus ou moins direct avec des mythes bibliques. La nuit étoilée de Jourdan et le Tängri font penser à l’avent et à l’étoile du berger. Le volcan est en effet assimilé à un astre, qui « rayonnait », et fascine les personnages. Jourdan sort labourer comme s’il était attiré par les étoiles. Raphaël fait penser à un ange, à cause de son prénom, mais aussi parce qu’il semble asexué (« Est-ce un jeune homme ou une jeune femme »), et qu’il ne donne pas d’explication rationnelle à sa provenance (« Mon lieu d’origine est à la fois très loin et très proche »)

A la fois atemporels et proches de la nature, ces textes qui constituent tous une révélation ont un arrière fond mythique qui les rapproche du merveilleux.
Commentaire
Analyser le sujet

N’hésitez pas à utiliser les éléments de réflexion déjà esquissés dans votre réponse à la question précédente : elle vous donne déjà une direction pour faire votre commentaire. Développez-les à travers une analyse plus précise du style.

Observez la façon dont sont construites les images : quelles relations établissent-elles entre les éléments naturels ?

Le corrigé vous est proposé sous forme de plan détaillé.


I. L’alliance extraordinaire des éléments naturels

1. Une nature agissante

– les éléments naturels sont sujets de verbes d’action. D’une part, les étoiles « soulevaient », « avaient éclaté » ; d’autre part, le ciel « tremblait », « descendait » jusqu’à « toucher », « râcler », « frapper », « faire sonner » : on remarquera le procédé d’accumulation, qui accroît cette impression d’activité céleste, d’autant plus qu’il est amplifié par un procédé de gradation sonore entre les verbes à l’infinitif, qui vont crescendo.


2. L’alliance entre le ciel et la terre

– les étoiles sont dès le premier paragraphe l’objet d’une métaphore filée végétale, qui commence par une comparaison avec de l’« herbe ». Ensuite, on trouve les mots « touffe », « racines », et « mottes ». Il y a une progression dans les termes de cette métaphore filée : ils vont du végétal (« herbe ») à la terre (« mottes »), en passant par les racines.

-Le ciel est ensuite associé à une série d’éléments terrestres : « la terre », « les plaines », « les montagnes », « les forêts », à la rencontre desquels il semble aller. Cela donne l’impression d’une inversion du ciel et de la terre, qui est confirmée par la confusion des notions de haut et de bas à la fin de l’extrait : « il remontait du fond des hauteurs ». Il est en effet paradoxal de parler de « fond » pour une « hauteur », et on descend plutôt des hauteurs : l’expression donne le vertige.

-L’aspect surnaturel de cette nuit transparaît aussi dans l’expression « des mottes luisantes de nuit » qui peut être considérée comme un oxymore, qui rend la nuit paradoxalement lumineuse. Les sonorités dentales de l’expression et sa position en fin de phrase la mettent en valeur. On trouve aussi plus loin une comparaison métallique, qui donne une matérialité au ciel, également surnaturelle.



Transition

Il y a bien dans ce texte une fusion extraordinaire des éléments, avec un rapprochement du ciel et de la terre. Cela contribue à donner une résonance mythique à ce texte.


II. L’aspect mythique du texte
1. Le mélange de simplicité et de grandeur

-Le vocabulaire n’est pas compliqué, tout comme le personnage principal, qui est un humble paysan. Il a une pensée simple et contemplative : « Il fait un clair de toute beauté ». Il y a un contraste entre lui, le petit paysan qui essaie de dormir, et l’immensité du paysage évoquée, qui est grandiose : les pluriels de la fin du texte : « les plaines », « les montagnes », « les plaines », « les corridors des forêts » accroissent cette impression. D’ailleurs, la construction des phrases en expansion est à la mesure de l’ampleur du spectacle (ligne à , et ligne à ).

-Le contexte peut ressembler à celui d’un conte : on n’a aucun repère d’époque. La première phrase « c’était une nuit extraordinaire » joue le rôle d’« il était une fois », et elle fait basculer d’emblée le texte dans le registre du merveilleux.
2. l’aspect biblique du texte

– La nature a un aspect surnaturel inexplicable : « Il n’avait jamais vu ça », « on ne savait pas de quoi ». L’atmosphère peut faire penser à celle de « Booz endormi » de Victor Hugo, où l’alliance entre le ciel et la terre symbolise celle entre Dieu et les hommes. Le thème des étoiles qui semblent faire signe à un pauvre homme peut évoquer les bergers guidés par une étoile jusqu’à la crèche. D’ailleurs, le prénom original du personnage « Jourdan » évoque le « Jourdain », qui est le fleuve du baptême du Christ.


Dissertation

Analyse du sujet 

Pas de panique ! Le sujet est long, la phrase à analyser est complexe, mais son avantage est d’être riche : elle se prête à plusieurs approches. Prenez le temps de la recopier entièrement au brouillon afin d’y réfléchir.

Décomposez la phrase pour en tirer différents thèmes : cherchez ensuite des exemples de romans qui illustrent particulièrement les éléments de la citation que vous voulez mettre en valeur.

Le sujet traite du problème de l’origine des personnages : rêves et pensées. Tous sont soumis à des influences indirectes : mythes et fables, Histoire, expériences singulières. (=inconscient collectif ?)

Le corrigé vous est proposé sous forme de plan détaillé.


I. L’origine directe des personnages
1. La métaphore des « dormeurs clandestins »

– Poétique, elle prête une vie propre aux personnages, prêts à se réveiller : les personnages seraient des personnes à part entière. Ils sont clandestins car sans existence officielle, sans papiers en quelque sorte. (On peut penser au titre de la pièce de Luigi Pirandello : Six personnages en quête d’auteur)

– ils ont un aspect latent. Ils sont cachés mais restent susceptibles de se manifester. Cela veut-il dire qu’ils préexistent à l’écriture ? Les auteurs ne feraient que les tirer du sommeil où ils étaient plongés avant. Ou alors, cela signifie-t-il qu’à chaque fois qu’on lit leur histoire, on les tire de leur sommeil ? Quand dans L’Histoire sans fin, de Michaël Ende, le personnage de Bastien Balthazar Bux entre dans le livre qu’il est en train de lire, on retrouve cette impression de confusion entre les personnes réelles et les personnages de roman.

2. L’origine onirique des personnages

– Certains personnages sont « nourris de nos rêves ». L’onirisme se manifeste à travers des romans particulièrement poétiques comme Le rivage des Syrtes de Julien Gracq : le paysage d’eaux mortes et des sables mouvants semble irréel, le volcan nommé Tängri est présenté comme une apparition miraculeuse, lors d’une promenade idyllique. Les personnages ne cessent d’attendre une guerre qui ne se déclare jamais, dans une sorte de torpeur.

- il est vrai aussi que les personnages peuvent être idéalisés, leur vie est parfois trop belle pour être vraie. Quand, au début de la Vie de Marianne, de Marivaux, l’héroïne, à la fois jolie et intelligente, se fait justement renverser par le carrosse du jeune homme séduisant qu’elle venait de remarquer à la messe, le hasard fait bien les choses ! Le beau Valville devra secourir la charmante Marianne: ce type d’événement est typiquement romanesque. Paul et Virginie de Bernardin de Saint Pierre est un roman qui décrit un monde idéalisé, avec des personnages plein de perfections : « Ainsi croissaient ces deux enfants de la nature. Aucun souci n'avait ridé leur front, aucune intempérance n'avait corrompu leur sang, aucune passion malheureuse n'avait dépravé leur cœur : l'amour, l'innocence, la piété, développaient chaque jour la beauté de leur âme en grâces ineffables, dans leurs traits, leurs attitudes et leurs mouvements ".


  1. Les personnages pensés

– Selon S. Germain, les personnages sont aussi issus « de nos pensées » : certains semblent en effet avoir davantage été réfléchis que rêvés. Les anti-héros des romans réalistes ou naturalistes ont été créés pour refléter la réalité d’une certaine époque, ils répondent à une volonté expérimentale : la famille Maheu dans Germinal de Zola illustre le sort des mineurs au XIXe , Maupassant reprend la critique balzacienne de la presse dans Bel Ami, son personnage est un exemple d’arriviste cynique et veule.
II. L’origine indirecte des personnages : un inconscient collectif ?
1. L’influence des mythes et des fables.

–Dans Tobie des marais, Sylvie Germain reprend librement le Livre de Tobie, issu de l’ancien Testament, qu’elle romance. Dans Que ma joie demeure, de Jean Giono, le paysan Jourdan attend un mystérieux personnage en labourant son champ en pleine nuit, appelé par les étoiles : cette attente fait penser à Noël et le personnage qui arrive ensuite change la vie de tous les habitants, comme un messie. Nombreux sont les romans marqués par les mythes. Parmi eux, on compte même des romans policiers. Daniel Pennac a créé son héros récurrent Benjamin Malaussène, en s’inspirant de la figure du « Bouc émissaire », qui marque notre inconscient collectif. De même, le genre fantastique est influencé par les mythes : Frankenstein de Mary Shelley a pour sous-titre Le Prométhée moderne.


2. L’influence de l’Histoire

Sylvie Germain elle-même dans l’un de ses derniers romans intitulé Magnus a créé un personnage traumatisé par l’histoire : son père était un Nazi. On peut remarquer l’importance de la figure napoléonienne dans l’œuvre de Stendhal : dans Le Rouge et le Noir, Julien Sorel prend Bonaparte pour modèle ; dans La Chartreuse de Parme, Fabrice del Dongo assiste à Waterloo. On trouve aussi une évocation de Waterloo dans Les Misérables, de Victor Hugo, roman parcouru lui aussi par les frissons de l’histoire, puisque ses scènes de barricades dans Paris sont restées célèbres avec le personnage de Gavroche.
3. L’influence des « voix singulières »

– Quand elle parle de « voix singulières, plus ou moins confuses », Sylvie Germain veut parler de destins individuels, qui marquent plus ou moins directement les romanciers. On peut penser au personnage réel de la mère de Marguerite Duras dont celle-ci romance la vie dans Un barrage contre le Pacifique : veuve, cette femme a fait preuve d’un courage héroïque pour protéger de la mer ses rizières régulièrement détruites par les inondations, en vain.



  • Parfois, les influences sont moins explicites, les réminiscences de paroles, les anecdotes, les traits de personnes réelles surgissent dans les romans, plus ou moins volontairement, de façon fragmentaire. Il n’est pas toujours possible de les déceler…


Invention
Analyser le sujet

Les suites de texte doivent s’adapter au style de l’auteur, et au registre, ici proche du merveilleux. Continuer le dialogue peut sembler dans un premier temps le plus logique.

. Soyez cohérent dans le développement de l’intrigue. Ici, cette scène de première rencontre semble sceller un épisode déterminant dans la vie du narrateur. Que peut lui proposer Raphaël, connaissant son mode de vie ?
La suite réelle du texte







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