Transcript of The French Connection



Download 131.93 Kb.
Date conversion19.05.2016
Size131.93 Kb.

Transcript of The French Connection


Bonjour ! Nous sommes en France !


[Music – Boum ! sung by Charles Trenet]

La pendule fait tic-tac, tic-tic

Les oiseaux du lac, pic-pac, pic-pic


Glou-glou-glou, font tous les dindons

Et la jolie cloche, ding-ding-dong

Mais, Boum, quand notre cœur fait Boum,

Tout avec lui dit Boum…
Bernard Pivot

Writer and Broadcaster

La langue, c’est notre mère, on suce la langue en suçant le lait maternel. La langue, c’est notre oxygène, c’est notre chlorophylle. On est inséparables de notre langue. La langue, elle est à l’intérieur de nous. Elle est dans notre tête, mais elle est dans nos mains, elle est dans notre sexe, elle est dans notre corps. Vous arrachez notre langue, c’est comme vous arrachez une demi-livre de chair.


The French are famous for being fiercely proud of all things French, and for being particularly passionate about their language.
But not all speakers of French come from France. Over 55 countries use the French language to some degree. Some are former colonies, all have long-standing ties to France and her language. Their influence is reshaping the French cultural landscape, as a new created community defines its relationship with France. One of a number of young Algerians using the medium of film to find new perspectives is Lyes Salem.
Lyes Salem

Film Maker

C’est la biennale du cinéma arabe et moi je suis là avec un court-métrage que j’ai réalisé il y a un an, qui s’appelle Jean Farès.


[Extract from Jean Farès]

- Ah, énorme ! Enorme ! Je vais passer deux millions de coups de fil, un million en France, un million en Algérie. Demain, toute la Méditerranée est au courant !


Lyes produces and stars in a short film which tells the story of an Algerian living in Paris, who is in conflict with his parents about the naming of his new-born son.
Lyes Salem

On m’a beaucoup dit que le film traitait de problèmes, mettait le doigt sur des problèmes concrets, et puis de façon assez légère. Parce que c’est vrai que le film… il y a beaucoup d’humour un peu dans le film.


[Extract from Jean Farès]

- Mais non, papa ! Mais non, je renie pas 35 ans d’indépendance. Mais où est-ce que tu vas chercher tout ça ? Mais papa, c’est pas parce que je vais l’appeler Farès Jean-François au lieu de Jean-François Farès que l’Algérie et la France vont être mises sur un même pied d’égalité. Je sais que je suis le père du futur président de la République Française, mais enfin… quand même, quoi ! Non, non, non, ça c’était de la blague. Non, non, papa, ça c’était de l’humour. Je plaisantais, là. Non, de l’humour, avec un grand ‘u’. C’est quoi le mot en arabe ? L’humour, c’est quoi ? Bah, si, il doit bien y en avoir un. C’est toi qui l’as jamais employé, c’est tout.


Lyes Salem

Moi, j’ai envie de parler de ce genre de choses-là, ça m’est important, j’en ai besoin. J’ai toujours eu un peu de mal à me positionner dans cette étiquette-là, parce que, comme mon parcours était différent, que je suis né à Alger, que j’ai vécu là-bas jusqu’à seize, dix-sept ans, que j’ai vraiment deux parents de nationalités différentes, une [mère] française et un père algérien. Pendant toute mon adolescence, je me suis beaucoup battu en me disant « mais je suis Algérien ». Mais en même temps, je parle français, beaucoup, peut-être plus qu’algérien, bon. Alors, je suis Français. Mais en même temps, non, je suis pas complètement Français, et donc, je savais pas où me positionner. Je suis ni l’un ni l’autre, je suis une troisième chose, qui serait l’enfant de ces deux cultures-là. Je suis d’une culture méditerranéenne, en fait.


Questions of identity are common parlance in post-colonial global culture, nowhere more than in North America and Canada, countries founded on immigration. And in francophone regions of Canada, identity is deeply rooted in language. Quebec is an island of five million French speakers, surrounded by fifteen million Canadian anglophones.
Young Quebecois #1

- Moi, ce que je trouve bien au Québec, c’est qu’on est un petit îlot quand on se compare au reste de l’Amérique du Nord, avec les Etats-Unis et le reste du Canada. On a su préserver notre français, on est fiers de le préserver, et puis on est fiers aussi d’avoir notre propre français, on n’est pas comme la France en tant que telle.


Young Quebecois #2

- Ouais, c’est peut-être un peu comme des cousins, mais il y a quelque chose de différent quand même, c’est pas… si, je trouve qu’il y a quelque chose d’unique là-bas, tout est spécial, le paysage, et puis les gens…


Young Quebecois #3

- Nous on est comme les gaulois, Astérix et son petit village. Le Québec dans l’Amérique, c’est gros comme ça, c’est cinq, six millions de francophones, sur trois cent millions peut-être d’anglophones.


Gérald Paquette, Office de la Langue Française

Ce que nous avons aussi hérité des Français, bien sûr, c’est le goût de bien manger, c’est le code civil de Napoléon. Mais aussi, c’est le goût de la beauté de la langue.


French culture took root in Quebec during three centuries of bitter fighting with the English. But when Canada became independent, Quebec became suddenly aware of its predicament. As a region of French speakers with French laws and customs, it was at odds with English-speaking Canada. Its relationship with France was even more distant.
Denis Vaugeois

Historian

Avec les Français de France, on a l’impression de parler la même langue, mais ils ont des comportements, des attitudes, qui sont très différents des nôtres. La seule chose qui vient de la France, et qui est restée, c’est la langue française.


Jean-Pierre Desulniers

Writer and Critic

Le rapport avec la France est extrêmement complexe. Sur plusieurs points, on a de la difficulté à se comprendre et les Québecois, d’une certaine manière, sur le plan des valeurs de la vie courante sont plus proches des Britanniques que des Français.


Quebec’s confused history and its isolation within Canada, means that its people are fiercely proud of their identity, and welcome all forms of artistic expression which reinforce that. In a region which has such fierce winters, it’s not surprising that television is a national passion. Dozens of locally produced soap operas, or téléromans, are watched by two-thirds of the nation. These téléromans have a special significance for the citizens of Quebec.

[Extract from FRED-DY]
- T’as pas aimé ça, l’poulet ? On peut faire aut’chose, tu sais y’en a pour dans l’frigo.
- Non, non. C’était super-bon, c’est moi qui… Non, non, vous voulez pas embarquer là-dedans.
- Ben oui, ben oui, on veut.
- C’est rien…
Denis Vaugeois

C’est un phénomène, presque un phénomène de société, les téléromans. Ils mettaient devant les gens « Portrait d’une société » et les gens, ils disaient « Ah, ben tiens, on est comme ça, on est comme ça ! » Ils se reconnaissent.


Claudette Viau

Producer Fred-Dy

Au Québec, les téléromans sont populaires, à cause de… sûrement de l’identification. Les comédiens ont des émotions qui sont justes, connaissent bien leur personnage et aident à tout ce phénomène d’identification. Et les gens qui nous disent « Ah, oui, moi je connais un tel et un tel ». Et au Québec, c’est très important que les gens se reconnaissent.


Gérald Paquette

La télévision, c’est un médium extraordinaire ici pour le Québec, et non seulement pour les Québecois. Et je dirais même encore davantage pour les francophones qui sont dans les autres provinces canadiennes. Parce que c’est souvent le seul lieu où ils entendent du français couramment.


When television arrived in the 1950s, Quebec was a nation at odds with itself. And so lacking a sense of identity that the very first téléroman had a dramatic effect on the nation.
Jean-Pierre Desulniers

Ça a fait l’effet d’une bombe nucléaire. Pfouuuu ! Tout a explosé, ça a été incroyable ! Les gens pensaient jamais à un tel effet. Pour nous, ça a été les Beatles. Le français des Plouffe est acceptable, disons. C’est un français ordinaire, mais il va quand même avoir l’accent québecois.


[Extract #1 from La famille Plouffe]

- Mais qu’est-ce que vous lui disiez à cette dame, papa ?

- Eh ben, je lui disais qu’elle s’était trompée, et puis j’étais fier de lui dire…
Normand Canac-Marquis

Writer Fred-Dy

Il y a plusieurs auteurs de talent à l’époque qui ont mis en évidence certaines contradictions profondes, ou des absurdités profondes. A quel point on était colonisés, non seulement politiquement, mais aussi au niveau spirituel, avec la religion etc. Le téléroman nous a donné un reflet, un miroir qui nous a aidés.


Jean-Pierre Desulniers

On n’avait rien en termes de création fictive qui nous correspondait. Les téléromans ont comblé ce vide, si vous voulez, d’une certaine manière et ont donné un panthéon de personnages qui nous expriment, qui ont donné aussi une sorte de confiance dans la puissance culturelle québecoise.


[Extract #2]

- Ça prend bien du temps à bouillir.


Jean-Pierre Desulniers

Si on est intéressants à la télévision, si nous sommes drôles à la télévision, c’est donc que nous sommes bien.


Normand Canac-Marquis

Alors on s’est rassemblés autour de cet appareil, de cette « boîte à rêves », où les personnages semblaient n’avoir aucun problème avec ça, et je pense, comme ça, ça nous a aidés à passer nos veillées, comme on dit ici. Pour moi, c’est sûr que la télévision a peut-être été, plus que dans d’autres pays, un élément rassembleur, justement à cause de nos conditions et de notre culture aussi.


Quebec’s colonisation may have ended a hundred and fifty years ago, but in Africa, the colonial past is still very close. Saint-Louis, in Senegal, in West Africa, is still to all appearances a colonial town.
At the end of the seventeenth century, as the scramble to colonise the world was well under way, France made the town of Saint-Louis its first base in Africa.
Golbert Dian

Writer and Broadcaster

Là, nous sommes dans l’ancien bâtiment. C’est là qu’habitaient des officiers supérieurs de l’armée française. Beaucoup de gouverneurs Français qui sont passés par là. Et c’est à partir d’ici qu’ils géraient l’Afrique Occidentale Française. C’est très, très solide. C’est bien construit. Il est très dur et puis il est… Je suis fier d’être là.


Vous êtes en centre-ville de Saint-Louis du Sénégal, une ville créée, dit-on, depuis 1659. Alors, là vous avez le palais du gouverneur. Il est bien conservé par le gouvernement de la République du Sénégal. C’est une fierté, ça. On reçoit beaucoup de visites à travers le monde. Alors, c’est une ville qui gagne en développement aussi. C’est cosmopolite. C’est tout ça qui fait Saint-Louis. Une ville charmante, accueillante, et tout le monde y vient. Et quand on y vient, on tombe amoureux. Facilement, vous allez revenir. Vous risquez de vous marier à Saint-Louis.

Man in bar #1

Saint-Louis a quand même un passé. Ça a quand même été une ville magique. C’était quand même la capitale de l’AOF, quoi, bon. Il en reste des vestiges.


Man in bar #2

On n’est pas Français, mais on parle français. Et quand on parle français ici, si vous avez pas votre passeport suspendu là, vous êtes français. Il y a ce phénomène que souvent on nous traite de colons, ou comme ça, et puis moi je trouve que c’est assez normal. C’est inutile d’expliquer « mais mon grand-père, lui, il est Suisse, donc il était pas là… » De toute façon, s’il avait été Français, il aurait été là, donc…


Francophonie, as the nation of a group of French speaking states working together towards common goals of friendship, political cooperation and cultural development, was conceived in Paris in the 1950s, not by French politicians but by three African heads of state. Their leader was Léopold Sédar Senghor, the first president of post-independence Senegal.
[Quote from Léopold Sédar Senghor]

La francophonie, c’est cet humanisme intégral qui se tisse autour de la terre, cette symbiose des énergies dormantes de tous les continents, de toutes les races, qui se réveillent à leur chaleur complémentaire.


Abdoulaye Wade

President of The Republic of Senegal

Il était plutôt une communauté de langue, autour de la langue française. Vous savez que Senghor est un perfectionniste de la langue française en tant qu’agrégé en grammaire française et professeur. Et il s’agissait donc de regrouper les pays qui avaient la langue française comme une langue commune.


Pierre-André Wiltzer

Minister for Francophonie and Co-operation

L’idée qui les animait, c’était : Il y a des liens culturels entre nous, la situation politique a évolué, maintenant, les peuples de l’ancien empire colonial français sont devenus indépendants, ou sont en train de devenir indépendants, mais il y a des liens culturels, historiques, affectifs, et d’intérêt aussi. Il faut qu’on garde ça en tout cas sur le plan culturel. C’était ça l’idée.


Henri Lopes

Writer & Congolese Ambassador to France

Senghor, en même temps qu’il était pour l’enracinement aux valeurs traditionnelles, disait qu’il fallait se diriger en même temps vers l’universel, vers le métissage des cultures. Et je pense que, dans la francophonie, il voyait une image tangible de ce métissage, et d’un métissage direct, sans interprètes.


In Paris, in the 21st century, multiculturalism has become such a topical issue, that works about issues of identity, like Lyes Salem’s film Jean Farès, are finding an enthusiastic audience.
[Extract from film Jean Farès]

- Non, non à vous de répéter. Oui, d’accord, vous avez-dit Jean-François Dumortier ou Farès Ben Yali, mais pas Farès Dumortier, d’accord. C’est les derniers mots qui m’intéressent. Ah, non, non, non, non, non. Eh, Marie-Christine ! Tout ça est pas assez compliqué encore à mon goût, à moi. Vous allez voir, mon fils il va rendre ça encore plus compliqué. Ah ben ouais ! Vous allez voir il va épouser une petite descendante de Vietnamien et de Camerounaise et bientôt plus personne saura ni qui est qui, ni qui vient d’où et tout sera pour le mieux dans la moins pire des Frances ! Exactement ! Liberté, égalité, Farès Dumortier.


- Farès Dumortier !
[Award ceremony]

- Prix IMA du meilleur court-métrage : Jean Farès


Lyes Salem

Il est très beau et ça montre… Je sais pas si tu vois, mais il y en a qui font un homme nu, les Arabes, ils font une femme en robe de soirée. On a beaucoup plus compris la sensualité que les Américains.


Robert Sole

Judge

Le cinéma arabe, en général, souvent se détache de l’actualité. Mais là, dans les films, on parle d’hommes, de femmes, d’enfants, qui ont des problèmes dans un contexte politique, économique, social difficile, et ça c’est très séduisant.


Yasmine Khlat

Judge

Il y avait des choses vraiment intéressantes. Mais c’est vrai que… On a eu un coup de cœur pour Jean Farès, parce que dans ce film, et d’autres films, il y a ce problème d’identité et de… Si vous voulez d’une espèce de déchirement entre les racines arabes, nord-africaines et une identité française.


[Street seller]

Jasmine, jasmine, Ali Baba, le grand voleur et les quarante babas… Jasmine, jasmine.


Lyes Salem and friend

- C’est des photos de la colonisation, ça, hein. C’est pas… C’était… A ce moment-là, l’Algérie était colonisée… Enfin, c’était toujours une colonie française, donc… Tu vois, ça par exemple c’est l’Amirauté, mais c’est l’Amirauté dans les années, dix-neuf cent… dix, quoi, tu vois.


- Tu dirais ça, toi ?
- Oui, oui. Et, alors c’est toujours comme ça bien sûr. Moi, j’ai grandi dans ce genre de bâtiment, mais beaucoup plus à gauche. Quand je sortais mon chien, quand j’habitais Alger, et que je sortais mon petit caniche pour qu’il fasse pipi le soir et le matin, j’allais jusqu’ici. C’est vrai.
A large proportion of the immigrant population in France comes from Algeria, whose bitter war for independence in the 1950s is a painful memory in French colonial history. One which is still felt in many parts of Paris, like the Goutte d’Or, where Lyes lives. The making of his next film will take him back to Algiers.
Lyes Salem

C’est Cousines. C’est mon nouveau scénario. Et je vais le réaliser, et il va recevoir la Palme d’Or du Festival de Cannes, du meilleur court-métrage. Et là maintenant, je vais trouver, il faut que je trouve de l’argent, il faut que je trouve des gens qui me donnent de l’argent pour le faire. Parce que moi, j’ai pas assez d’argent pour le faire. Parce que je veux le tourner à Alger, en Arabe, donc que des contraintes, et voilà.



On the beaches of the Caribbean, colonisation is still an issue in Guadeloupe and Martinique, islands which are still « départements » of France, and where the imposition of French language and culture has created a very particular set of circumstances.
Taxi driver

Je suis taxi-driver depuis trois ans. C’est un très, très beau métier, parce qu’on rencontre beaucoup de monde et que je suis quelqu’un qui aime bien le contact, et comme j’aime bien discuter, donc je partage beaucoup avec les autres. Le créole, c’est notre langue maternelle. On a toujours parlé le créole, mais on ne lisait pas et on n’écrivait pas le créole. Maintenant, c’est devenu quelque chose qu’on recherche, en fait. C’est-à-dire quand on était gamins, on obligeait, on imposait aux enfants d’avoir la culture française, de parler français couramment, convenablement. Mais maintenant, si un enfant parle le créole, je pense que… On va plutôt l’aider à acquérir cette notion-là, que de vouloir lui dire : « non, non, non, tu n’as pas le droit ».


Gérard Césaire

Director RFO Television, Guadeloupe

Je suis issu d’une famille où le créole était interdit, c’est-à-dire que les enfants ne pouvaient pas s’exprimer en créole, même si les parents s’exprimaient devant nous, mais nous, nous n’avions pas le droit de nous exprimer, nous. Parler créole, à l’époque, ça voulait dire parler « petit-nègre », parce que la langue des anciens colons était la langue des maîtres. Il y avait ce phénomène de réussite, de s’en sortir. Sortir du ghetto, sortir des champs de canne. Et on disait à l’époque que s’exprimer en créole, cela empêchait de s’exprimer correctement en français.



Patrick Chamoiseau

Writer

Ah oui, c’était très difficile, hein. Quand j’ai commencé à aller à l’école, je suis arrivé à l’école en étant créolophone. C’est-à-dire que j’avais la langue de ma tête, celle qu’on a quand on pense, c’était la langue créole. Ce qui fait que lorsqu’il a fallu parler dans les écoles primaires, j’étais incapable d’articuler un mot, parce qu’il fallait que je traduise le créole que j’avais dans ma tête en français. Et à cette époque, lorsqu’on faisait des fautes de français, on était poursuivi dans la cour tellement c’était vraiment la catastrophe. Ce qui fait que j’ai été un élève très muet. C’est peut-être ça ma chance, parce que ça m’a permis de compenser par l’écriture.


Raphaël Confiant

Writer

Ça, c’est la faute des autorités, du gouvernement, qui, pendant très longtemps, a toujours refusé de tenir compte du créole, en se disant, si j’élimine le créole, les gens vont mieux parler français. Ça partait d’une hypothèse que le créole était nuisible pour l’apprentissage du français. Ce qui est une idée totalement stupide, parce qu’on sait très bien que les enfants, justement les enfants, sont des gens qui sont capables d’apprendre plusieurs langues. Ils l’oublient d’ailleurs très vite si c’est pas soutenu par une éducation.


Raphaël Confiant and Patrick Chamoiseau are among those who pioneered the movement to promote Creole language and culture. They write in both French and Creole.
Raphaël Confiant

Lorsqu’on écrit en créole, on ne peut écrire que pour les gens qui lisent le créole. Donc, quelque part, la personne qui écrit en créole échappe automatiquement à une forme de domination culturelle qui est celle de la France. Parce que quand nous écrivons en français, le jugement qui est porté sur nos livres vient d’abord de Paris. C’est Paris qui fait d’un écrivain quelqu’un qui est reconnu, qui a une valeur, qui donne le Prix Goncourt ou tout ce qu’on veut. Bon. Mais quand on écrit en créole, Paris ne peut rien dire, puisque à Paris, les gens ne lisent pas le créole.


Perhaps because of its troubled linguistic history and because of its largely oral literary tradition, writers in Guadeloupe and Martinique are little read by the locals.
Maryse Condé

Writer

Le pays auquel on appartient n’est pas un pays de lecteurs. Bon, il se trouve que la France, comme nous sommes liés à la France, malheureusement… Pour l’instant c’est là que sont les éditeurs, donc finalement la promotion des livres est faite en France, donc les Français nous lisent.


Raphaël Confiant

Le regard de Paris est dangereux, parce que ça peut inconsciemment nous pousser à écrire pour les Français. C’est ça le danger. Sans même que ça soit volontaire, hein ! On se dit, bon, ben, puisque c’est eux qui décident, on va essayer de faire une littérature qui va leur plaire et qui va nous permettre d’être reconnu.


Maryse Condé

Je pense que certainement la France a une vision des Antilles et de l’Afrique. Mais je, le, le… Enfin, le pouvoir du romancier, de l’écrivain, c’est de prendre des distances avec cette image stéréotypée et d’offrir autre chose. Les romanciers antillais essaient plutôt de parler de leur différence. Peut-être que cette différence, c’est un petit peu à la sauce française, la différence que les Français attendraient justement. Donc la France influence, elle est là comme une sorte d’agent, oui, assez irrépressible, mais en même temps, euh… on fait l’école buissonnière. On fait autre chose.


Reading from Moi, Tituba, sorcière noire de Salem by Maryse Condé

Elle existe la chanson de Tituba, je l’entends d’un bout à l’autre de l’île. Elle court la crête des mornes. Elle se balance au bout de la fleur de balisier. L’autre jour j’ai entendu un garçon de quatre ou cinq ans la fredonner. De joie, j’ai laissé tomber à ses pieds trois mangos, bien mûres, et il est resté là à fixer l’arbre qui, hors de sa saison, lui avait offert pareil présent.
Maryse Condé

Les Antillais ne lisent pas leurs écrivains, donc finalement, je n’ai pas l’impression que la littérature change leur vie. Mais, en dépit d’eux-mêmes, comme la littérature s’appuie quelque part, même pour la critiquer, sur leur façon de vivre, même pour la… enfin, désirer un changement, sur leur culture, la littérature est leur moyen d’expression.


Reading from Texaco by Patrick Chamoiseau

C’était une longue bâtisse de bois immortel, environnée d’épineux pieds-citrons, de glycérias et d’orchidées. Dans leur carrelage d’argile se lovaient des fraîcheurs et plongeaient sans fournaise des rayons de soleil. Piégés par les persiennes, les cloisons ajourées, les vents la traversaient en un aléliron.
Patrick Chamoiseau

Lorsque j’écris, j’écris pour ma maman, pour mes sœurs, pour mes frères, pour les gens d’ici. Pour leur… me dire, mais comment, comment je peux leur raconter cette histoire-là ? Je n’ai jamais pensé à un lecteur extérieur. Les gens ici ne sont pas les premiers à les lire, mais c’est eux, qui me donnent la force. C’est comme si… et je pense toujours au conteur créole dans l’habitation, lorsqu’il commence à parler. Bien sûr que tous les esclaves qui sont autour de lui ne peuvent pas parler comme lui. Ils peuvent pas lui transmettre. Mais il leur dit « Et cri », ils répondent « Et cra ». Et le fait qu’ils répondent « Et cra », même s’ils n’ont pas la capacité d’exprimer, même s’ils ne comprennent pas ce qu’il dit, ils sont là autour de lui et ils lui donnent l’impulsion. Eh ben, c’est ça que je reçois. Je reçois l’impulsion. Et lorsqu’ils voient que ce que je produis est lu à l’extérieur, ils sont très contents de moi, ils sont très fiers et ça me donne encore de l’impulsion. Et même s’ils ne lisent pas encore, ça les modifie.


Patrick Chamoiseau’s novel Texaco won France’s prestigious literary prize, the Prix Goncourt. The story is set in a slum of Martinique, named after the oil company whose arrival created it.
Reading from Texaco by Patrick Chamoiseau

Au centre une logique urbaine, occidentale, alignée, ordonnée, forte comme la langue française. De l’autre, le foisonnement ouvert de la langue créole, de la logique de Texaco. Mêlant ces deux langues, rêvant de toutes les langues, la ville créole parle en secret un langage neuf et ne craint plus Babel.
Maryse Condé

La réalité, la vérité est que nous savons que nous ne sommes pas Français, nous sommes convaincus que nous ne sommes pas Français, et nous l’exprimons de toutes les manières, ne serait-ce que la façon dont nous mangeons, la musique que nous écoutons… Donc je pense que même dans cette situation de colonisation et de dépendance où nous vivons, il y a une certaine distance que nous prenons et un effort d’affirmer, envers et contre tout, c’est pas facile toujours, une certaine différence.


France’s presence in the world today is felt most through its substantial funding of arts and culture, predominantly through the Organisation Internationale de la Francophonie. In the former colonies, its patronage has often been seen as oppressive but, today, is being reassessed by both sides.
Amadou Tidiau Wane

Minister of Culture, Senegal

Aujourd’hui, les pays africains, notamment le Sénégal, ont l’ambition de développer des personnalités propres. La relation d’aide ne doit pas être une relation de sujétion. Elle doit être le rendez-vous, comme disait le président Senghor, du donner et du recevoir. C’est vrai que la configuration actuelle du monde a hérité de l’histoire, d’une histoire très difficile sous certains rapports entre la France et ses anciennes colonies, mais entre aussi tous les autres pays coloniaux et leurs anciennes colonies. Cette relation doit être aujourd’hui dépassée, dans le cadre d’une nouvelle vision de décolonisation de nos esprits et de nos relations avec le monde.


Pierre-André Wiltzer

Minister for Francophonie and Co-operation

Nous sommes en train de réfléchir à une nouvelle forme de coopération, qui ne soit plus seulement l’assistance, l’aide que des pays riches donnaient à des pays pauvres, mais qui soit des partenariats. On décide ensemble quelles sont les priorités, qui fait quoi. Chacun doit apporter quelque chose, les uns ont des moyens matériels et financiers, mais les autres doivent aussi apporter leur contribution. Il est sûr que le développement en France de cultures qui sont venues avec, d’ailleurs, des populations qui se sont installées chez nous modifie le paysage culturel français traditionnel. Donc c’est un laboratoire, finalement, assez intéressant, vivant, d’une nouvelle forme de mélange culturel.


Toure Kounda, from Senegal, was one of the first African musicians to sign to a record label in France. In the 1980s, Paris became the music capital of the Francophone world.
Bintou Simpore

DJ, Radio Nova

Moi, je suis arrivé à la radio, à Radio Nova, en 1985. Moi, à Paris, je connaissais les musiques africaines, mais en les vivant dans les boîtes de nuit, dans les discothèques. Des boîtes comme le Black and White, le Keur Samba, il y a toujours eu une grosse vie nocturne africaine à Paris.


Angélique Kidjo

Musician

La plupart des artistes africains qui ont commencé ici, ce sont des artistes francophones africains. Donc, forcément, ils viennent dans un pays où ils parlent déjà la langue, parce que quand on part de chez soi et qu’on parle pas la langue du pays dans lequel on arrive, c’est beaucoup plus difficile à s’intégrer. Donc, de par la langue déjà, on est venu ici, et c’est vrai que, malgré tout, malgré tous les problèmes, la France est toujours encore le pays où les artistes africains peuvent vendre beaucoup d’argent, et avoir... être dans le hit-parade.


Today, African superstars like Baaba Maal may tour the world with their music, but they regularly return to their loyal fans in Paris and the suburbs.
Baaba Maal

Il y a beaucoup de Sénégalais qui résident, qui travaillent, qui prennent des cours, et beaucoup de nos musiciens sont venus ici enregistrer, se sont affirmés ici, ont joué tous leurs grands, premiers grands spectacles ici sur le sol français.


Bintou Simpore

Ce qui a été important pour beaucoup de musiciens et pour ces nouveaux croisements musicaux qui se sont faits, ça a été de résider ensemble à Paris. Ça a donné de la facilité… euh, voilà, ben je suis ici, je veux faire une séance de studio, ben j’appelle… il y a tel Camerounais qui est ici, tel Martiniquais qui est dans tel arrondissement, donc c’est très facile de l’avoir. Plus que quand vous êtes en Afrique, quand vous êtes à Bamako et euh… pour faire venir quelqu’un qui est à Douala ou à Yaoundé.


Sally Nyolo

Musician

Le fait que je sois venue vivre en France a été déterminant pour ma carrière de musicienne, parce que l’éloignement créé, la distance créée par le voyage a fait en sorte que j’ai eu envie de recréer ce qui me manquait là-bas. Ce qui me manquait là-bas, c’était le son, les tonalités, les gens que j’avais quittés et donc, la première fois que j’ai eu envie de recréer ça, c’était la première fois que j’ai eu envie d’écrire une chanson, puisqu’en voulant recréer ce monde qui était loin, c’est comme ça qu’est venue l’envie d’écrire la musique de la chanson. Donc Paris, la France, a fait de moi une musicienne.


Although France has been responsible for launching the careers of many artists, Africa is vital as a first market.
Michael Soumah

DJ, Dakar FM, Senegal

…Dakar FM, alors Alioune Mbaye N’Der maintenant sur la platine, donc un album assez original Alioune Mbaye N’Der que nous écoutons, c’est sur Dakar FM, l’ambiance sono mondiale.


Michael Soumah

DJ, Dakar FM, Senegal

Paris-Dakar, écoutez c’est une question d’heures, hein, donc en avion en cinq heures on est à Paris. Et donc maintenant il y a des partenariats qui se font entre les producteurs basés à Paris et ceux qui sont au Sénégal.


Senegalese DJ

Mais il y a tellement d’autres artistes. Tiens, le Sénégal est une terre musicale et beaucoup d’autres pays ne connaissent pas vraiment le creuset, ne connaissent pas ceux qui… ceux qui sont de véritables stars ici, au Sénégal, et dans les pays limitrophes.


Michael Soumah

DJ, Dakar FM, Senegal

Je pense que le musicien sénégalais a besoin d’abord d’une base, et la base c’est d’abord son pays, le Sénégal. Il faut d’abord que le musicien soit connu dans son pays. Le passage de Paris, ça reste important. Il faut nécessairement que le musicien sénégalais, enfin que le musicien en général, passe à Paris, pour pouvoir bénéficier d’une promotion véritable. Parce que Paris constitue toujours la plaque tournante de la musique africaine.


In recent years, established acts like Youssou N’Dour have been returning to Africa to set up foundations on which to build a record industry.
Youssou N’Dour

Musician

Le fait de mettre un studio d’enregistrement ici, ça permet d’accentuer la formation pour les techniciens, ça c’est important pour avoir des techniciens africains, d’enregistrer avec moins de pressions, de profiter de l’environnement, et d’aider aussi des gens qui doivent pas prendre l’avion pour faire un disque. J’ai construit un studio pour d’abord moi, mais en plus… que beaucoup de gens puissent en profiter. Je vous dis sincèrement s’il y a une proposition qui vient de ma maison de disques Jololi, et une proposition qui vient de chez…d’un label, ou Sony, les gens ici, la majorité, ils prennent Sony. Parce que ils pensent que, bon, c’est mieux, il y a plus d’expérience, il y a plus de moyens, il y a plus de visibilité, et je ne le crois pas, moi. Il y a toujours un problème de compréhension. Moi, j’ai travaillé avec des maisons de disques, mais chaque fois, je me dis, des fois je me dis « est-ce que celui-là il me comprend, il comprend ma musique, il comprend d’où je viens, quelle est ma culture, comment on doit me traiter, comment on doit présenter ma musique ? ». Mais à partir du moment où vous travaillez avec quelqu’un de professionnel, qui vient de chez vous, qui est Africain, qui connaît un peu le marché africain, qui connaît comment parler aussi avec le marché du monde, je pense que c’est mieux.


Baaba Maal

La création artistique en Afrique vient des sociétés africaines qui ont su garder leurs traditions, qui vraiment ont cotoyé la francophonie, mais, en même temps ont su quand même trouver un juste milieu entre ce qu’elles doivent prendre de la francophonie et ce qu’elles doivent retenir de ce qu’elles ont eu depuis le début, et ça c’est important.


Alioune Mbaye N’Der is one of a new generation of Senegalese stars, following in the footsteps of Youssou N’Dour. He’s one of a number of acts signed to Africa Fête, one of Africa’s first record labels. Africa Fête was set up by Mamadou Konte in the 1980s, but despite the international success of many of his artists, Mamadou is also keen to grow the market within Senegal.
Mamadou Konte

Je disais que c’est un des premiers cantines de la musique sénégalaise, donc il y a ici Alioune Mbaye N’der et ici tout va bien, Alpha Blondy, c’est la musique de la Côte d’Ivoire. C’est un côté économique du Sénégal qui est très, très important quoi, parce que on mange, plutôt on consomme ça, la musique ici, autant qu’on ne mange le tiéboudienne. Donc on est en train de voir comment il est possible de faire une distribution beaucoup plus large avec l’aide de Baaba Ka et KSF. Le marché occidental, français, anglais, c’est très important. Mais le marché sénégalais apporte beaucoup plus aux sénégalais pour le moment, beaucoup plus d’argent, que uniquement le marché européen.


Alioune Mbaye N’Der

Musician

Ce qui est important, c’est on a aussi notre culture, la culture africaine. Plus particulièrement, la culture sénégalaise. Ce qui fait aujourd’hui quand on part à l’étranger ou n’importe où ailleurs, on amène notre culture à nous, et ça c’est important, parce qu’on amène quelque chose pour d’autres gens qui ne sont pas de notre pays. Ça, c’est important.


In a post-colonial age, the countries which were once controlled by France have, for the most part, reclaimed the aspects of their culture which were subsumed and have attained a degree of decolonisation. What remains deeply rooted, however, is the language.
Henri Lopes

Writer & Congolese ambassador to France

On confond souvent deux choses. La colonisation s’est faite avec des morts, avec des crimes, avec des atteintes aux droits de l’homme. Mais, ce qui est resté de la colonisation, il y a des choses qui nous ont permis d’entrer dans le monde moderne. A l’heure actuelle, ce serait un combat d’arrière-garde de vouloir nous débarrasser des langues européennes, dans notre cas le français. C’est un outil qu’il faut conserver.


Abdoulaye Wade

President of the Republic of Senegal

Nous sommes aussi les défenseurs de la langue française, comme Senghor l’a été. Et aujourd’hui, les francophones réclament, je dis bien les francophones réclament, le droit d’introduire dans la langue française certains mots et certaines expressions qui sont nés dans les pays hors de la France. Nous, les Sénégalais on a introduit beaucoup de mots qui ont été examinés et acceptés par la langue française.


Bernard Pivot

Dans certains pays d’Afrique, ils ont inventé le verbe « girafer », la girafe. Savez-vous ce que ça veut dire « girafer » dans un pays africain ? Eh bien, ça signifie, c’est un élève qui copie sur la copie de l’autre, qui copie comme ça, qui regarde, donc il est plus haut, donc il « girafe », vous voyez ? Parce qu’il est au-dessus, et il plonge le regard dessus. C’est magnifique ! Quelle invention !


Raphaël Confiant

Si j’utilise un français classique, et tout, quelque part je bride ma subjectivité. Donc, oui, nous pouvons nous exprimer à travers le français, mais à condition de nous approprier le français, que nous fassions du français une langue qui soit nôtre, qui soit à nous.


Angélique Kidjo

La langue française est une belle langue dans laquelle il y a beaucoup de poésie qui passe. Il y a beaucoup de choses qui passent dans la langue française. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de la poésie dans la langue anglaise, mais ce n’est pas la même chose, ce n’est pas la même beauté, ce n’est pas les mêmes accentuations. Ce n’est pas le même flow, comme on dirait. Donc moi, la langue française, je la trouve plus belle, je l’aime beaucoup plus que certains Français ne l’aiment, n’aiment leur langue.


Stephan Smith

Le Monde

Le français se décline aujourd’hui en beaucoup de langues. Il y a eu énormément d’apports de mots créoles, de mots qui viennent aussi de l’arabe, énormément de mots d’arabe. Tout cela est accepté. Je ne dirais pas que c’est un grand public qui l’accepte, mais il y a dans l’édition, dans le milieu journalistique, culturel, un accueil de cette altérité qui a, au fil du temps, aussi changé le français de la France métropolitaine.


In Quebec, the French language defines the struggle for identity, which has in turn led to a tight control over language in public life, making for a society which functions bilingually. The summer is full of festivals, the most famous being ‘Juste pour rire’, or ‘Just for laughs’, which has Canadians performing in both French and English.
Stand-up comedian

The guy pulls me over and says ‘You know why I pulled you over?’, I go ‘I don’t know, I was speeding ?’, ‘No, cause you’re black ! Don’t you read the paper?
Street performer

… de faire la courte-échelle au pianiste à bretelles souriant aux étoiles. Alors pour cela, nous mettons en vedette cinq poulettes et notre gros Léon. Nous avons d’ailleurs appelé ce tableau « D’accord Léon ». Tenez, regardez, regardez, là, les petites lueurs, les petites lumières de Ménilmontant !


Quebecois man

Pour moi, en tant que Québecois, je vois pas de différence entre le monde anglophone et le monde francophone. C’est peut-être les anciennes mentalités. Les jeunes aujourd’hui ne voient plus ça maintenant, parce que dans les écoles les deux langues sont là.


Quebecois woman

Moi, j’dis qu’tu es, comme on dirait en anglais, un chameleon. Parce que t’as deux personnalités. Si tu vis en francais, t’es beaucoup plus émotionnel, t’es beaucoup plus animé, t’es… énergisé. Si tu vis en anglais, t’es plus conservateur. T’as deux personnalités. Si tu vis les deux langues, vraiment vivre les deux langues, t’as vraiment deux trains de vie.


Older Quebecois woman #1

Même si vous parlez simplement anglais, c’est pas difficile de vivre ici, avec tous les gens. C’est très simple. Pour aller d’épicerie ou aller travailler, y’a pas de problème. C’est très gentil.


Older Quebecois woman #2

On n’a jamais eu de misères à parler anglais ici, ou parler français, jamais. On parle les deux langues. Toute ma famille parle les deux langues.


The threat to the French language posed by Quebec’s proximity to English-speaking Canada in North America has meant the introduction of strict laws to ensure the use of French in all aspects of life.
Gérald Paquette

Il faut que le français ait une visibilité beaucoup plus grande que les autres. Et nous, on s’est dit que la seule façon de vraiment assurer au français la place qu’il doit avoir au Québec, c’est d’obliger les gens à toujours mettre du français et aussi, lorsqu’ils ajoutent d’autres langues, à mettre du français prédominant.


Denis Vaugeois

Et là, il y a eu des lois, des lois qui paraissent de l’étranger, des lois qui paraissent dures, même presque inexplicables, cette obligation, pour l’affichage par exemple, que l’entreprise ou les travailleurs soient francophones, qu’on puisse travailler en français. Mais tout ça, ça s’est mis en place, et aujourd’hui j’ai le goût de dire que… il y a un climat de tolérance incroyable. Et les anglais, par exemple, du Québec, ont appris le français.


Gérald Paquette

Même s’ils savent parler d’autres langues, ils veulent, ils souhaitent vivre en français. Donc c’est cette volonté de vivre en français qui fait que le français a été protégé pendant longtemps. Et qu’aujourd’hui, non seulement il est protégé, mais aussi le français s’épanouit. Parce que le français est de plus en plus utilisé comme langue dans les technologies de l’information.


Quebec’s French language office creates new French words to replace English expressions.
Noëlle Guilloton

Il y a notre fameux « courriel », qui est le terme qu’on a proposé pour remplacer le « email » anglais. Et c’est un terme qui a beaucoup de succès, et qui est vraiment passé dans l’usage maintenant au Québec, où on dit couramment « Je t’ai envoyé un courriel’, « As-tu reçu mon courriel ? », « Le courriel est vraiment pratique », etc.


Nicole Delorme

L’expression qui était reconnue, c’était « courrier électronique ». Et comme courrier électronique était un peu long pour utiliser, par exemple, sur des cartes professionnelles, donc on a utilisé… on a coupé le mot, on a créé, on a fait une création finalement, en usant « courri », courrier, auquel on a ajouté le « el » de électronique. La France réagit bien, on a des échanges avec la France, c’est sûr qu’on n’est pas d’accord sur tous les points, mais c’est comme ça que la langue évolue.


Noëlle Guilloton

Dans le Petit Larousse, c’est le Petit Larousse 2000, déjà « Courriel : nom masculin, abbréviation de courrier électronique, Québec, pour « messagerie électronique ».


Denis Vaugeois

Par rapport à la France, je dois vous dire, là actuellement on vient de le vivre par exemple, les Français sont vraiment étonnants, sur le plan de la langue. Et pour nous, souvent ils nous déçoivent. Parce que, alors qu’ici, on se voit pas de façon héroïque, mais reste que tous les jours on a à affirmer le Français, hein, tous les jours on a à imposer un geste pour dire « Non, je le dis en français, non, je consomme en français, etc. ». Eux ils ont la chance d’être dans cet univers français, et puis ils sont constamment tournés vers ce qui est américain, ce qui est anglais.


Bernard Pivot

Il faut de temps en temps aussi faire comme les Québecois, proposer des mots qui remplacent les mots anglais quand on peut le faire. Quand les « start-ups » sont arrivés, bon, ben, il y avait pas de mot, personne n’a réagi. Je suis persuadé que les Québecois ont réagi, ils ont dû certainement proposer immédiatement un mot. Nous, on n’a rien fait, on n’a rien fait du tout, bon, tant pis pour nous. Moi j’emploie le mot « start-up », je vais pas employer des circonlocutions pour… donc j’emploie le mot « start-up », ça me gêne pas.


Although many francophone states, like French-speaking Canada, go to great lengths to protect and develop the French language, in recent years, the concept of francophonie has been less than popular amongst the public in France.
Angélique Kidjo

Il faut que les Français qui viennent de la France soient aussi d’accord pour comprendre que leur langue dépend, la survie de leur langue dépend de la francophonie, de l’espace francophone. Et que, dans l’esprit de tout un chacun en France, la francophonie soit un fait, soit acceptée complètement.


[Music – Ces petits riens, sung by Angélique Kidjo]

Mieux vaut n’penser à rien que d’pas penser du tout

Rien c’est déjà, rien, c’est déjà beaucoup

On n’se souvient de rien, et puisqu’on oublie tout

Rien c’est bien mieux, rien c’est bien mieux que tout
Angélique Kidjo

L’endroit qui draine l’énergie de la francophonie, c’est la France. Si c’est une décision qui est prise uniquement au niveau politique, que ça reste au niveau politique sans aller vers la population française, il y a un problème.


Bernard Pivot

Les Français se fichent un peu de la francophonie. Je crois que c’est pas un sujet très porteur. Pendant les élections présidentielles ou législatives, personne n’a parlé de la francophonie. C’est pas un argument électoral. Personne ne va se faire élire sur une politique de défense de la culture et de la langue françaises à l’étranger. Ça n’intéresse pas le grand public.


Stephan Smith

D’un côté, on a l’impression que les Français sont assez indifférents à l’égard de la francophonie en tant qu’organisation, en tant que mouvement. En même temps, ils sont très, très sensibles à la langue française étant utilisée dans le domaine international. Et donc vous avez à la fois une grande sensibilité et un désintérêt pendant toute l’année entre les sommets de la francophonie qui se tiennent tous les deux ans. Personne ne parle, même dans les médias français, de la francophonie.


Henri Lopes

Les intellectuels en France, traditionnellement, sont toujours à gauche, pour tout ce qui est progressiste. Ils se méfient de tout ce qui veut faire ressurgir le colonialisme, l’impérialisme. Donc de ce point de vue, la francophonie leur apparaissait quelque chose qui n’avait rien de culturel mais qui était un projet politique dont ils se méfiaient. Je crois qu’ils vont évoluer, parce que nous allons les mettre à l’aise.


As much as it will take time for French society to feel at ease in a post-colonial culture, it is the artists, musicians, writers and film makers of the contemporary francophone word that are producing works which express some of the more complex issues. The latest award winning film from the Mauritanian film-maker Abderrhamane Sissako explores the emotional and linguistic difficulties experienced by those about to emigrate to Europe.
Abderrhamane Sissako

J’essaie de raconter l’histoire de gens qui sont dans l’attente du bonheur. Et c’est l’histoire de gens qui ont le désir de partir, la plupart en Europe, mais qui sont pas partis encore.


[Extract from Heremakono (Waiting for Happiness) by Abderrhamane Sissako]

- Je comprends pas

- Depuis combien de temps tu es là ?

- Longtemps


Abderrhamane Sissako

Il n’y a jamais eu une vraie analyse politique, historique, culturelle, de ce que c’est que l’immigration. Je pense que l’immigration a toujours été réduite vraiment dans un phénomène du Nord et du Sud. Je pense que c’est pas ça, c’est pas aussi simple que ça. Dans l’histoire de l’humanité, les hommes et les femmes, toujours, se sont toujours déplacés, pour telle ou telle raison. Et je crois qu’on peut pas, on peut pas mettre fin à ça. Je suis profondément convaincu qu’il y a deux mondes qui peuvent se rencontrer, qui peuvent aller de temps en temps l’un vers l’autre, pour s’enrichir, pour se construire, et que aujourd’hui nous en tant qu’Africains en venant en Europe, nous apportons fondamentalement quelque chose. Je pense qu’il faut qu’il y ait un vrai travail de considération, que les gens puissent comprendre que, non, que l’humanité est multiple, égale, et que le Burkinabé a besoin du Français et que le Français a besoin du Burkinabé.


As the diversity of the world languages and cultures are threatened by a global monoculture, francophonie is becoming a vehicle for the protection of all the languages and cultures of the francophone world, not only France.
Henri Lopes

Je dis que j’ai une identité internationale, que… je dis avec… un peu pour m’amuser, que je dis qui me rattache à mes ancêtres les Gaulois. Mais c’est les Gaulois de toutes les races, de toutes les cultures, de toutes les langues.


Baaba Maal

Quand on parle de francophonie, on pense à la France. Et j’aimerais bien voir de plus en plus que les Français au niveau de la France, quand ils parlent de la langue française et de ses opportunités, qu’ils ne pensent pas seulement à la France, mais qu’ils pensent à tous ceux qui s’expriment en français, qui, de près ou de loin, sont connectés avec eux, avec cette langue.


Stephan Smith

Pendant longtemps, multiculturalisme voulait dire que les autres cultures se fondaient dans cette formidable culture française et dans la langue française, qui était le parangon, le meilleur exemple de l’universalité. Dans une phase de globalisation, de mondialisation, on s’aperçoit évidemment qu’il ne peut pas y avoir un modèle, qu’on peut exporter et qui fera le bonheur de tout le monde. Donc les Français, à la fois sont attachés à leur foi du passé et en même temps ils découvrent qu’il n’est plus valable et donc il y a un aggiornamento à faire, et il faut se mettre à jour.


Bernard Pivot

Moi, je crois beaucoup à la mondialisation, je crois à la globalisation, mais à condition que chaque pays puisse continuer de développer sa propre culture, à l’intérieur de… de ses frontières. Tout en acceptant, bien entendu, la culture anglaise, américaine, italienne, espagnole, arabe, etc., bien entendu.


Henri Lopes

Les Français, quand ils prennent une partie de notre culture, c’est peut-être un hommage qu’ils nous rendent, mais c’est surtout, c’est qu’ils font avancer leur propre culture. Et nous non plus, on ne doit pas avoir peur d’emprunter ailleurs, mais ne pas rejeter ce qui était nôtre, qui va se métamorphoser, qui va évoluer, et vous ne serez pas étonnés que le métis que je suis, vous dise que l’avenir est au métissage.


The database is protected by copyright ©essaydocs.org 2016
send message

    Main page