Ecole des hautes études en sciences sociales Centre de recherches historiques



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Ecole des hautes études en sciences sociales

Centre de recherches historiques

ARCHEOLOGIE MEDIEVALE EN ILE-DE-FRANCE




Séminaire de




Jean CHAPELOT


Directeur de recherche au CNRS

Année universitaire 2003-2004



Mercredi 14 janvier 2004
Les tuyaux de terre cuite des adductions médiévales :

typologie et modes d’utilisation à propos de quelques exemples d’Ile-de-France
Intervenant :
Jean Chapelot
Directeur de recherche au CNRS,

Château de Vincennes,

Bâtiment 06,

Avenue de Paris,

94300 Vincennes

Téléphone : 01 41 93 23 96

Télécopie : 01 41 93 20 40

E-mail : ercvbe@aol.com

L’eau est un besoin essentiel pour les grandes communautés humaines qui entourent les souverains médiévaux dans leurs déplacements ainsi que pour les animaux, notamment les chevaux, qui suivent en grand nombre le roi dans son itinéraire de résidences en résidences.

Un premier besoin est d’abord celui de poisson. Le grand nombre de jours de carême conduisaient à créer de tels aménagements afin de s'affranchir des aléas de l'approvisionnement extérieur. Quand les résidences royales sont proches d'une rivière, une pêcherie y est aménagée : ainsi, à l’époque de Philippe le Bel, dans la Loire près d’Orléans, dans le Morin près de Crécy-en-Brie ou probablement dans la Marne près de Vincennes.

Dans un plus grand nombre de cas, les résidences royales disposent de retenues d'eau, appelées dans les textes étang ou vivier (les deux termes paraissant à peu près synonymes), qui leur permettent, comme aux grands monastères, d'élever du poisson. Un aménagement de ce genre a été créé près du manoir de Vincennes dès le début du règne de Louis IX. En 1239, celui-ci achète sur le terroir de Saint-Mandé un terrain à l'ouest et hors du bois de Vincennes clos d’un mur dès la fin du XIIe siècle par son grand père Philippe Auguste et y aménage un étang que l'on suit pendant tout le reste du Moyen Age. Entre 1274 et 1276, Philippe III acquiert plusieurs dizaines de parcelles de terrain et les entourent d'un mur : dans cette excroissance du bois se trouve l'étang établi en 1239 et pour en développer l'approvisionnement en eau, Philippe III fait entreprendre des travaux de canalisation du ru de Montreuil qui l’approvisionnait antérieurement en eau et il fait très vraisemblablement détourner et canaliser vers ce même étang un autre ru qui descendait des hauteurs de Belleville-Ménilmontant. Il s'agit de vastes travaux puisque ces canalisations sont longues de plusieurs kilomètres.

Un autre besoin très important est celui d’eau potable. Si plusieurs puits existent probablement dans le manoir de Vincennes dès l’origine, leur débit n’est pas suffisant pour répondre à tous les besoins.

Les fouilles du manoir de Vincennes montrent l'existence ici dès le milieu du XIIIe siècle au plus tard d'un vaste réseau qui apportait l'eau issue de deux sources situées à Montreuil, à environ trois kilomètres au nord. Nous connaissons le tracé de ces adductions par des textes et des plans d’Ancien Régime en amont du manoir mais à l’intérieur de celui-ci, la fouille a mis au jour cinq phases successives d’aménagement d’un réseau de distribution d’eau, datables des XIIIe-XIVe siècle. Dans les deux premières, il s’agit de tuyaux de terre cuite noyés dans un massif de mortier de tuileau tandis que dans les trois suivantes il s’agit de tuyaux de plomb protégés par des dalles de calcaire. Dès le XIIIe siècle, une fontaine existe dans la cour du manoir royal : elle est remplacée par une nouvelle structure monumentale pendant le règne de Charles V.

Lors de la construction de l'enceinte du château entre 1373 et 1379-1380, on mit en place à partir des fossés de celui-ci, où l'eau était rejetée, un égout de huit cents mètres de long destiné à conduire le trop-plein dans l'étang de Saint-Mandé qui a été évoqué plus haut.

Le réseau hydraulique approvisionnant le manoir de Vincennes, en place au moins dès le règne de Louis IX, est le produit d'un essor de ce type d'aménagement en ville et dans les grandes résidences royales et seigneuriales dès la fin du XIIe siècle. Par son ampleur, comparable à celui d'une grande abbaye ou d'une ville comme Paris, il est une manifestation de l'importance que prend Vincennes à partir du règne du saint roi mais il est probable qu'il n'est pas, à cette époque et plus encore à celle de Philippe le Bel, le seul exemple d'un grand réseau d'adduction approvisionnant une résidence royale. D’autres résidences royales, Saint-Germain-en-Laye, Château-Thierry et Jaulgonne (Aisne), sont pourvues d'une adduction sous Philippe le Bel, mais nous en ignorons la nature et l’ampleur exactes.

Des réseaux hydrauliques tout à fait comparables ont été fouillés en Ile-de-France ces vingt dernières années. Celui de l’abbaye de Maubuisson est tout à fait comparable à celui de Vincennes par sa date, les types de tuyaux utilisés et le mode de mise en place de ces derniers dans un massif de mortier de tuileau. Dans la fouille du château de Chevreuse (Yvelines), plusieurs éléments d’un réseau composé de tuyaux de terre cuite noyés dans du mortier de tuileau ont été mis au jour en 1979-1980 par Pierre-Jean Trombetta. Il s’agit très probablement d’une adduction alimentant ce château au XIVe siècle et par ailleurs très analogue à celle de Vincennes.

Il est vraisemblable qu'il existe dès le règne de Louis IX au sein du service des œuvres royaux un ou des spécialistes des adductions, tout comme Paris en possède un dès 1257. Néanmoins, la première mention d'un tel officier royal spécialisé n’apparaît dans les textes qu’en 1285.

LES ADDUCTIONS DU MANOIR CAPÉTIEN DE VINCENNES

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