Born on the Fourth of July



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Résumé :
Born on the Fourth of July est basé sur l’autobiographie de Ron Kovic, un vétéran de la guerre du Vietnam. Le récit commence alors que le jeune Kovic joue à la guerre avec ses amis dans un boisé de Massapequa, Long Island (NY). Nous sommes en 1956. Le 4 juillet, jour de l’Indépendance des États-Unis, Ron célèbre son 10e anniversaire. Il regarde passer la parade de chars allégoriques et reste émerveillé par les soldats vétérans. Quelques années plus tard, les étudiants de Massapequa High School reçoivent la visite de sergents du corps des Marines et Ron décide de s’engager dans l’armée américaine. Il a alors 17 ans. À 21 ans, il se rend au combat au Vietnam où, dans la confusion entraînée par le massacre accidentel de villageois vietnamiens, Ron tire sur le soldat Wilson, qui était dans son camp. Ron est rongé de remords, mais ses supérieurs tiennent à taire l’affaire. Quelques jours plus tard, il est blessé pendant une bataille et retourne au pays. Dans un hôpital pour vétérans dans le Bronx, il apprend qu’il a été atteint à la colonne vertébrale. Paraplégique, il ne remarchera jamais. Il est également impuissant et n’aura jamais d’enfant. Les mauvaises conditions de l’hôpital sont très dures à supporter pour Ron. Enfin, il retourne chez ses parents, mais son retour ne suscite pas l’admiration et la reconnaissance qu’il espérait. Sa mère est mal à l’aise et son frère le méprise presque. Au défilé du 4 juillet auquel Ron participe, il se fait huer. Les jeunes pacifistes croient que la guerre est une erreur et Ron accepte mal qu’on lui dise qu’il a eu tort de se sacrifier pour son pays. Lorsqu’il revoit Donna, dont il était amoureux avant de partir pour le Vietnam, les choses ont changé entre eux. Donna milite contre la guerre. Ron l’accompagne à contrecoeur à une manifestation. Son moral descend de plus en plus. Après être rentré saoul chez lui une nuit, il se dispute avec sa mère et lui crie son ressentiment. Il a perdu la foi en Dieu et en son pays. Il se rend au Mexique dans une villa où se rassemblent d’autres vétérans comme lui qui se sentent incompris chez eux et vivent dans la décadence, entourés de prostituées mexicaines. Mais cette vie de débauche ne lui apporte pas satisfaction et il retourne aux États-Unis, directement à Venus en Géorgie pour rencontrer les parents du soldat Wilson et leur avouer qu’il a tué leur fils. Après cette confession, Ron se met lui aussi à militer contre la guerre, à dénoncer le gouvernement pour avoir envoyé des jeunes se faire tuer dans un conflit qui leur a été présenté de façon mensongère. Après une répression policière assez violente à la Convention Républicaine de 1972, Ron Kovic revient quatre ans plus tard à la Convention Démocratique où il a été invité pour raconter son expérience devant la nation. Alors qu’il s’apprête à entrer sur scène, une journaliste lui demande comment il se sent. Il déclare pour finir que récemment, il s’est enfin senti de nouveau chez lui.

Contexte et personnages :
Born on the Fourth of July est un des films qu’Oliver Stone a consacrés à la guerre du Vietnam. Vétéran lui-même, né la même année que Ron Kovic, Stone fait de cette guerre un sujet récurrent dans son œuvre, dès Last Year in Viet Nam qu’il réalise en 1971, alors qu’il est étudiant à la New York University Film School où il a la chance d’avoir Martin Scorsese comme professeur. Par la suite, il fera Platoon en 1986, puis quelques années après Born on the Fourth of July, Heaven and Earth (1993). La guerre du Vietnam a inspiré aussi d’autres cinéastes américains importants comme Francis Ford Coppola avec Apocalypse Now (1979) et Stanley Kubrick, qui nous a donné Full Metal Jacket en 1987. Leur regard sur cette guerre impopulaire est, comme pour Stone, critique, sévère. L’intention est surtout, comme dans Platoon, de montrer le chaos des opérations menées à l’Est et le désarroi des soldats. Mais dans Born on the Fourth of July, Stone met l’accent sur ce qui entoure la guerre du Vietnam, sur ses causes et ses conséquences. En effet, en commençant le film sur l’enfance de Ron Kovic, on constate dans quel univers il a grandi. Pour le réalisateur, la mentalité conservatrice et excessivement patriotique de la génération de ses parents a transmis une idée de l’héroïsme trompeuse et dangereuse :
Kovic is taught not only to be upright, courteous, reverent, and clean but also that winning is everything, God hates quitters, communists are banging on our doors, and Uncle Sam needs you. As America’s perfect son, he moves naturally from the Boy Scouts to the Marines. For Kovic and Stone, the culture of winning, violence, and unquestioning loyalty was America’s dark side. (1)
Puis, après une séquence d’une durée de seulement dix-sept minutes se déroulant au Vietnam, sur une durée totale de 2h25min, on suit le combat du vétéran pour retrouver sa dignité et dénoncer le gouvernement américain qu’il considère responsable de son handicap et de la mort inutile de milliers de jeunes hommes. Finalement, par la prise de parole, il réussit à retrouver une certaine paix avec lui-même et avec son pays :
La victoire de Ron est morale et politique. C’est la victoire de l’honnête homme, convaincu des bienfaits de la démocratie américaine, la victoire du citoyen responsable, l’héritier des protagonistes de Frank Capra plutôt que de ceux de John Ford. (2)
Tout au long du film, l’état psychologique de Ron Kovic, interprété par Tom Cruise, est très apparent. Nous sommes forcés malgré nous à se mettre dans la peau du personnage, à suivre son évolution. Tout jeune, Ron est habité d’un sentiment de fierté. Tout d’abord, il montre un attachement à son pays : il est fasciné par les soldats vétérans défilant dans la parade et il écoute le Président John F. Kennedy avec attention lorsque celui-ci dit aux citoyens américains à travers le téléviseur : « Ask not what your country can do for you, ask what you can do for your country. » Il est donc encouragé à jouer à la guerre avec ses amis, et il s’enorgueillit de ses exploits qui l’élèvent à un statut de petit héros, de petit « Yankee Doodle Boy » comme l’appelle gentiment sa mère, comme lorsqu’il tente d’impressionner Donna en faisant des « push-ups » ou lorsqu’il frappe un coup de circuit au base-ball. Adolescent, son patriotisme le pousse à s’engager dans les Marines. Mais déjà, on sent que son attitude comporte des faiblesses : de façon presque bornée, il ne comprend pas ses amis qui ne veulent pas aller dans l’armée. Aussi, il révèle difficilement ses sentiments pour Donna. Sa défaite pendant le combat de lutte le laisse très déçu et annonce une série de dures épreuves pour Ron Kovic. Il vivra entre autres la culpabilité en tuant des villageois vietnamiens et un soldat américain. Ensuite à son retour, il ressentira une frustration face à son impuissance causée par ses blessures de guerre, puis développera un ressentiment envers ses proches et ses compatriotes. Il ira jusqu’au désespoir, à la révolte, pour retrouver enfin un sens à sa vie.
L’évolution de Ron est influencée par les gens qui l’entourent. Sa mère, son père, son frère Tommy, les hippies, son ami Steve, Charlie, le sergent recruteur, son entraîneur de lutte, Maria Elena, Donna, Wilson, la famille de Wilson, les officiers au Vietnam, les hommes politiques sont autant de personnages qui symbolisent les opinions de la société américaine sur le conflit au Vietnam et ses soldats. Leur pression est énorme et laisse un vétéran comme Ron Kovic dans une position peu enviable : on le remplit de sentiments patriotiques dans sa jeunesse, on l’envoie vivre des horreurs à la guerre et quand il revient, on le rejette. La honte d’avoir perdu la bataille rend les Américains peu reconnaissants envers les soldats. Se sacrifier pour la victoire aurait été héroïque, mais rester paraplégique à cause d’une guerre chaotique comme celle-là provoque la pitié et le malaise chez les concitoyens de Ron. Selon les points de vue, on pourrait penser aussi qu’il s’agissait d’un geste volontaire de la part du jeune Kovic, comme le souligne Steve, l’ami de Ron, qui est allé au collège et s’est ouvert une chaîne de restaurants dans le Long Island au lieu de s’engager : « It was you who bought that communist bullshit. » Les pacifistes hippies vont donc le huer, déplorer son choix. Au travers de ces réactions, Oliver Stone tente avant tout de montrer comment Ron a dû se battre. C’est un point de vue de l’intérieur, le point de vue du soldat. Dans le mélodrame Heaven and Earth, Stone décrit la guerre telle que vécue, cette fois, par les Vietnamiens, en adaptant l’autobiographie de Le Ly Hayslip.

Style cinématographique :
Afin de faire comprendre ce que ressent Ron Kovic, Stone s’appuie sur l’efficacité du style classique hollywoodien. Il veut sensibiliser les gens par la génération d’émotions :
In Born, Stone’s paintbrush images of Americana, the herky-jerky camera that he regards as ‘’another actor’’, the amplified sound effects, and the orchestral music score encourage a multisensory experience. […] Stone encourages viewers to experience history not on an intellectual level but on an emotional one, as he and Kovic experienced the Vietnam era. The idea here is that the emotional will have a more lasting impact than the intellectual. (3)
Contrairement à Michael Moore, par exemple, qui, avec son documentaire Bowling for Columbine (2002), joue sur la distanciation pour nous sensibiliser à la politique américaine basée sur la peur et la violence, Oliver Stone mise sur l’identification au personnage et la production d’affects. Par la fiction, il peut atteindre plus de gens et il se permet également d’ajuster la réalité pour augmenter l’effet dramatique : il ajoute le personnage de Donna, amène Ron à rencontrer la famille de Wilson et rend les manifestations plus violentes qu’elles ne l’étaient réellement, pour ne nommer que ces exemples. (4)
Au niveau visuel, Stone cherche à créer des images fortes, comme la silhouette de Ron sur fond de ciel orange après le meurtre accidentel de Wilson. Il use de gros plans et de plans subjectifs, ainsi que de grands mouvements de caméra, notamment des travellings avant et arrière en plongée sur des rassemblements de manifestants, ou des travellings sur les chars de parade versus les spectateurs. Les mouvements sont fluides dans l’ensemble, exceptées les scènes de guerre, où le montage est très rapide et la caméra est souvent portée à l’épaule. Stone utilise également des « images sonores » très fortes, que l’on pense par exemple aux pleurs du bébé vietnamien ou aux pétards de fête qui rappellent la guerre et reviennent à maintes reprises dans le film pour hanter Ron et faire figure de flash-back. La musique, on le verra, apporte aussi une charge émotive importante.

Choix :
La situation politique actuelle dans le monde m’a poussée à choisir Born on the Fourth of July comme sujet d’étude. Dans la trilogie de Stone sur la guerre du Vietnam, le film basé sur l’autobiographie de Ron Kovic est celui qui critique le plus explicitement les valeurs et les idéologies américaines. Dans le contexte de la guerre en Iraq et de la forte tendance antiaméricaniste qui se fait sentir dans plusieurs pays, une œuvre comme celle-ci soulève des questions. Plusieurs personnalités américaines ont fait valoir leur point de vue sur une attaque des États-Unis contre l’Iraq, notamment Ron Kovic qui a accordé une entrevue au journal Le Devoir le 11 février 2003, déclarant défendre une « conception non-violente du patriotisme » et affirmant que la politique étrangère américaine « a mis toutes nos vies en danger» :
Beaucoup d’Américains ont commencé à faire les connexions entre ce qu’on a fait au Vietnam où nous avons tué deux millions de Vietnamiens, ce qu’on a fait pendant la première guerre du Golfe et les raisons pour lesquelles notre pays a été attaqué le 11 septembre. (5)
Oliver Stone, pour sa part, s’est également prononcé en défaveur de la guerre. Le réalisateur vient de terminer un documentaire controversé sur Fidel Castro, avec qui il s’est entretenu pendant plusieurs heures, et travaille sur un projet de documentaire sur Yasser Arafat :
Stone reportedly shot more than 80 hours of material in Israel and the West Bank, interviewing Shimon Peres, Ariel Sharon, Ehud Barak, Benjamin Netanyahu as well as Arafat and leader of Hamas in what he described as an effort « to provide materials for the broadest possible overview of the conflict. » (6) 
En février dernier, Stone disait envisager la possibilité d’interviewer Saddam Hussein, le leader iraquien. (Philip Blenkinsop, http://uk.news.yahoo.com/030214/80/dt9nz.html, consulté le 17 avril 2003) Tom Cruise, quant à lui, a affirmé à la presse italienne, lors d’une promotion pour le film Minority Report, qu’il soutenait le gouvernement Bush, dans la mesure où Saddam Hussein a commis des crimes contre l’humanité et contre son peuple. D’après les informations rapportées dans Le Devoir, « Au nom de la liberté d’expression, M. Kovic affirme qu’il ne lui en veut pas. » (7)
Mais Born on the Fourth of July est d’abord un film personnel avant d’être politique. Cependant, le mélange de ces deux niveaux de discours suscite parfois la controverse. En effet, on lui reproche de romancer l’histoire, ou d’avoir un style trop « in-your-face » ! (8) Par ailleurs, il semble y avoir une dualité entre la critique de la société américaine dans le film et le patriotisme qui en ressort. Les dénonciations de Stone se terminent souvent en morales conservatrices. Par exemple, vers la fin de Born on the Fourth of July, Ron Kovic entre dans le hall de la Convention Républicaine pour protester contre la guerre avec d’autres vétérans et parlent aux journalistes :
[…] People say « If you don’t love America, then get the hell out. » Well I love America, but when it comes to the government, it stops right there. The governement is a bunch of corrupt thieves. They are rapists and robbers. And we are here to say that we don’t have to take it anymore. We are here to tell the truth. […] This wheelchair, our wheelchairs, this steel, our steel is your Memorial Day on wheels. We’re your Yankee Doodle Dandy coming home. 
Même si de tels propos peuvent faire sourciller certains, Oliver Stone, qui est très engagé, a le courage de ses convictions
I don’t think it matters whether you’re careful with the press or not. You’re not going to be able to control it anyway. They’ll find something to make you look bad if they want to. You get dumped on anyway, so you might as well be who you are. (9)
Au moins, comme Ron Kovic, il n’a pas peur de reconnaître ses torts ou ses changements d’opinions. Dans une entrevue avec Michel Cieutat, Stone a dit aimer:
La manière dont nous vivons notre vie, la façon que nous avons de signer un jour ou l’autre un pacte avec le diable, de marchander notre âme, de faire des compromis. On négocie. D’autres renoncent. Certains y laissent leur intégrité, d’autres la trouvent. En fin de compte, c’est une affaire de conscience. (10)
Peu importe ce qu’on peut penser des idées de Stone, il reste intéressant de voir comment un film comme Born on the Fourth of July réussit, par différents moyens, notamment par la musique, à orienter notre point de vue sur une réalité comme la guerre du Vietnam.

La musique en général :
La musique dans Born on the Fourth of July peut être séparée en deux catégories : la musique originale, composée par John Williams, et la musique populaire. En effet, une fonction importante de la musique du film est de bien nous faire sentir l’époque dans laquelle se passe le récit. Ainsi, dans les années 1950, on peut entendre Rock Around the Clock, par exemple. Puis, dans les années 1960, des chansons comme My Girl, Brown-eyed Girl ou des pièces de Bob Dylan sont utilisées. La musique est aussi un indice de lieu. Au Mexique, les chansons sont typiquement mexicaines. Quand il y a des paroles, elles sont en espagnol, et l’instrument principal est la guitare. On entend également des percussions, de la trompette et d’autres instruments à cordes grattées, comme la mandoline.
Une fonction particulière de la musique dans Born on the Fourth of July est de faire référence au livre autobiographique de Ron Kovic. En effet, Stone cite musicalement des chansons mentionnées par Kovic dans son ouvrage, mais les insère dans un contexte différent. Par exemple, le vétéran écrit :

Il y avait une chanson, Runaway, d’un type qui s’appelait Del Shannon, et un samedi, au terrain de base-ball, on l’a passée. Je me souviens que c’était une belle journée de printemps, que nous étions jeunes à l’époque, vraiment vivants, et qu’un parfum de fraîcheur flottait dans l’air. Cette chanson passait et j’y suis entré complètement; je cognais mes balles et j’avais l’impression que j’allais vivre à jamais. Ç’avait été comme qui dirait simple. C’était venu puis c’était reparti. (11)


Dans le film, on retrouve Ron dans un bar disant sarcastiquement qu’on devrait faire une chanson sur le Vietnam. Il dit « Remember Del Shannon ? Runaway ? », puis entame la chanson : « As I walk along I wonder what went wrong with our love, a love that was so strong… » et continue, toujours en chantant « … I’ll tell you what went wrong : it was fucking Vietnam! ». Même chose avec American Pie, que Stone a mis dans son film pendant que Ron s’exerce vainement à remarcher, à l’hôpital des vétérans. Dans son autobiographie, Ron relate un moment différent où il a entendu cette pièce :
Je suis resté dans la voiture et j’ai monté le volume de la radio. On y passait un tube de l’époque : « Bye bye, Miss American Pie ». Je me rappelle avoir écouté cette chanson avec une effroyable tristesse en moi, m’être senti au plus bas, comme si j’allais chialer ou tuer quelqu’un dans un accès de démence. (12)
Et encore, en introduisant à la trompette une partie de l’hymne des Marines à l’arrivée des soldats dans le défilé du 4 juillet 1956, Stone fait référence à une réflexion écrite dans le livre : « J’adorais cet air [l’hymne des Marines], et chaque fois que je l’entendais, je repensais à John Wayne et à ces hommes courageux hissant ce jour-là les couleurs au-dessus d’Iwo Jima. Je pensais à eux et je pleurais. » (13)
Michel Chion distingue trois sortes de musique : la musique d’écran, la musique de fosse et la musique d’au-delà de l’écran (14). En d’autres mots, il souligne l’existence d’une musique intra-diégétique, où la source de la musique se trouve à l’intérieur de la réalité narrative, et d’une musique extra-diégétique, où la source n’est pas identifiable et ne pourrait être entendue par les personnages. Chion qualifie de ‘’musique de fosse’’ la musique qui accompagne l’action de façon synchrone, en illustrant à l’aide de différents procédés rhétoriques les déplacements ou encore les états psychologiques présents dans le récit. La musique d’au-delà de l’écran, quant à elle, est une musique qui offre un point de vue différent de ce qui est présenté dans l’image, qui commente le récit de manière à nous faire voir l’invisible. Les exemples de musique intra-diégétique sont nombreux dans Born on the Fourth of July. Des chansons sont parfois chantées par les personnages eux-mêmes : le frère de Ron chante The Times They Are A-Changin’ dans sa chambre, un employé de l’hôpital fredonne My Girl, une chanteuse à Syracuse interprète A Hard Rain’ A Gonna Fall, de jeunes pacifistes chantent en chœur We Don’t Need Arms, Ron rappelle à Donna l’air de Moon River sur lequel ils ont dansé quelques années plus tôt, un groupe joue Born on the Bayou dans un bar de Massapequa, etc. La musique joue parfois de manière à peine perceptible en guise de musique d’ambiance, dans des endroits publics comme l’épicerie du père de Ron où on entend Venus, ou comme le restaurant de Steve où joue Love is Blue. Dans les parades et au Mexique, la source de la musique est encore une fois à l’intérieur de la diégèse. Parfois, un même morceau peut être à la fois intra et extra-diégétique, comme la chanson Soldier Boy qui commence à l’épicerie alors que Ron retourne au travail après avoir parlé à Donna. La source de la musique semble être dans le magasin, mais vers la fin de la scène, le volume augmente de façon invraisemblable, si l’on tient compte du fait que les sons proviennent des haut-parleurs, puis on passe à la scène suivante : le bal des finissants, où les jeunes dansent sur Soldier Boy, ininterrompue malgré le saut dans le temps et le lieu. La chanson appartient donc aux deux espaces narratifs à la fois, mais agit aussi comme anticipation pendant la scène à l’épicerie, en plus de rajouter un point de vue sur les sentiments de Donna envers Ron.
Pour la musique de ses films, Oliver Stone a fait appel à des compositeurs importants, que l’on pense à James Horner pour The Hand, Georges Delerue pour Salvador et Platoon, Kitaro pour Heaven and Earth ou Ennio Morricone pour U-Turn. Pour Born on the Fourth of July, il est également allé chercher une figure majeure de la musique de film, John Williams, qui a par la suite collaboré avec Stone sur JFK et Nixon. Williams est connu entre autres pour sa musique de films de science-fiction et de films fantastiques (Star Wars, E.T. the Extra-Terrestrial, Minority Report, Artificial Intelligence, Harry Potter, Jurassic Park, etc…), mais sa marque de commerce est surtout l’utilisation de leitmotivs dans ses compositions de trames sonores. Born on the Fourth of July n’échappe pas à la règle. On peut identifier quatre thèmes principaux composés par Williams, et un cinquième, le patriotique You’re a Grand Old Flag de George M. Cohan, qui revient trois fois dans le film. La musique de John Williams est avant tout très dramatique. Les cordes, instruments sensibles, amènent de l’intensité dans le récit. Le recours à des instruments à vent comme interprètes de la mélodie dans plusieurs pièces connote, quant à lui, une certaine solennité, un côté patriotique, puisque la trompette et le cor français sont grandement utilisés dans les chansons militaires de l’armée. La fonction de la musique composée par Williams est surtout de nous faire ressentir des émotions, la plupart du temps pour nous sensibiliser aux situations vécues par Ron. Par exemple, lorsque notre soldat se retrouve à attendre des soins parmi les blessés après s’être fait touché par une balle, la musique comprend des voix en écho qui murmurent des mots indistincts (pièce #9 sur le disque, vers 3min35s). Ces voix, mêlées aux notes inquiétantes des violons, reproduisent la désorientation et la peur de Ron. Mais la musique peut aussi nous guider dans ce que nous devrions ressentir face aux actions de Ron, notamment dans la scène où le sergent des Marines vante son corps d’armée aux étudiants de Massapequa High School : un travelling avant sur le jeune Kovic et sa posture bien droite contrastant avec celle de ses amis nous montrent son intérêt pour l’engagement militaire. Malgré le sentiment d’enthousiasme qu’il doit ressentir à cet instant, le thème 1 apporte une charge dramatique qui nous fait sentir que ce qui mijote dans la tête en ce moment n’aura pas des conséquences heureuses. Les thèmes sont répétés à maintes reprises tout au long du film (voir la liste des thèmes et de leurs apparitions), mais ce qu’ils symbolisent reste assez général. Ils ne représentent pas par exemple un personnage, un endroit ou un sentiment précis. Par contre, on peut affirmer que le thème 4 est le thème du retour et que le thème 1, le plus dramatique des cinq, survient à des moments déterminants et est associé visuellement à des images fortes. Grossièrement, on peut aussi dire que le thème 3 est plus serein que le thème 2, et que ce dernier est utilisé surtout lorsque les personnages agissent, alors que le thème 3 sert lors de plans d’ensemble ou de transitions. En composant des thèmes, John Williams crée de l’unité dans le film. Mais il laisse une grande liberté d’interprétation : les thèmes sont modifiés selon l’émotion à donner.
Les thèmes :
Thème 1 :
Ce thème en ré mineur est assez lent (noire=60) et très dramatique. Il n’a pas de grande orchestration comme les autres. Il est joué par une trompette accompagnée de basse, une pédale de ré. Le thème est formé de trois phrases, les deux premières étant identiques et la troisième descendant plus bas que les autres. Il sert à appuyer les moments forts du film.
Thème 2 :
C’est le thème le plus lent (noire=52), joué plus rapidement à certains endroits dans le film. C’est aussi celui que l’on retrouve le plus souvent, dix-sept fois en tout. C’est donc un thème très important et qui a une grande charge émotive. Tout d’abord, il est joué par un ensemble de cordes accompagné d’un piano qui appuie les fins de phrases de notes graves. Le thème commence en si mineur et module en do mineur, à la neuvième mesure. La première partie du thème donne une ambiance très dramatique, très grave, à cause probablement de la lenteur du tempo, de la tonalité mineure, de l’instrumentation et de la répétition de ces deux notes mises ensemble, une noire suivie d’une blanche, qui a quelque chose d’insistant et de troublant. La modulation agit comme une montée de tension et en même temps fait le pont avec la deuxième partie du thème qui, à la treizième mesure, devient plus serein. Les notes sont plus aiguës que dans la première partie, plus longues (les blanches sont plus nombreuses), pour donner l’impression d’une « envolée » des cordes. Il faut préciser que le tempo du thème est rubato, c’est-à-dire qu’il varie un peu par moments, selon la sensibilité du chef d’orchestre, ce qui ajoute de l’émotion au morceau.
Thème 3 :
Le thème 3, en la majeur, est serein, confère une impression de bien-être. La mélodie, très lyrique et legato, est d’abord jouée par un hautbois accompagné d’un ensemble de cordes (dont un violoncelle qui fait des pizzicatos, des violons et une harpe). Vers le milieu du thème, la métrique change de 5/4 à 4/4, marqué par des glissandos de harpe. Dans les deux mesures qui précèdent la dernière, il y a une montée des violons qui jouent des notes très aiguës, puis dans la dernière mesure, un cor français répète la dernière phrase, descendante, de la mélodie jouée juste avant par le hautbois.
Thème 4 :
Le thème 4 ne revient que deux fois dans le film (si on ne compte pas l’apparition dans le générique de fin), à des moments significatifs : le retour de Ron à la maison après son séjour à l’hôpital, alors que la première image montrée est un plan subjectif de l’intérieur de la voiture s’engageant dans la rue de Ron à Massapequa (tempo : noire=74), et son retour du Mexique, alors que l’on voit l’autobus rouler sur l’autoroute, suivi de quelques autres plans illustrant le trajet de retour de Ron (plus rapide, tempo : noire=108). La mélodie est jouée par une trompette, ce qui explique entre autres le côté solennel qui se dégage du thème. La deuxième apparition du thème est plus rythmée, non seulement à cause du tempo, mais à cause de l’ajout de notes au synthétiseur qui accompagnent la mélodie. L’accompagnement de cordes dans le premier cas s’apparente à celui du thème 3, sauf que le thème 4 ne comporte pas de grandes montées lyriques, il est plus sobre. La harpe, cependant, apporte une certaine sérénité, comme dans le thème précédent.
Thème 5 :
You’re a Grand Old Flag est une chanson patriotique composée par George M. Cohan en 1906 pour sa comédie musicale George Washington Jr. Elle est devenue depuis un air bien connu des Américains, un peu comme un deuxième hymne national. Dans Born on the Fourth of July, le thème en si bémol majeur est joué de façon instrumentale, sans les paroles (l’extrait enregistré sur le disque n’est pas tiré du film) et intra-diégétique, c’est-à-dire que les trois fois où il apparaît, la source est à l’intérieur de la narration : pendant la parade du 4 juillet 1956 (00 :02 :16), pendant la parade de 1969 (01 :09 :17) et à la Convention Démocratique de 1976 (02 :17 :14) alors que Ron Kovic s’avance vers la scène pour prononcer son discours. Durant cette dernière scène, le thème fait figure de message de bienvenue, une démonstration de reconnaissance envers le soldat vétéran, qui prononce ces paroles : « Just lately, I’ve felt like I’m home. » Le thème 5 est dynamique. Pendant les deux parades, le tempo est d’environ 126 (noire=126), et à la fin, il est de 138 (noire=138). C’est le plus rapide des cinq thèmes. L’instrumentation est celle d’une fanfare, donc on retrouve les cymbales, les caisses claires et les cuivres. À la fin, par contre, des violons interprètent la mélodie du thème alternativement avec la trompette.

Analyse d’un extrait :
Environ une heure après le début du film, Ron retourne à Massapequa. À 00 :58 :51, la voiture que conduit le père de Ron avec son fils à ses côtés arrive à la maison. On a le sentiment d’une grande paix, grâce au mouvement fluide de la caméra et au thème 4 empreint de sérénité. La trompette et la harpe sont douces. Une fois la voiture stationnée, le père aide Ron à sortir de la voiture. Déjà, quelques voisins jettent un coup d’œil vers la demeure des Kovic. Le chien Major s’approche. Ron semble heureux de revenir chez lui. Il y a quelque chose de fragile dans le son de la trompette, c’est instable, imprécis, comme si elle était sur le point de fausser… Cela ajoute de l’émotion au moment. Après que Ron ait serré son petit frère Jimmy dans ses bras, la musique change, de façon très fluide, pour le thème 3. La trompette se tait pour laisser place au hautbois. Les voisins sortent de leurs maisons. Susanne, la sœur de Ron, vient l’accueillir également. Les cordes sont présentes depuis le début, discrètes. Puis apparaît la mère de Ron, qui attire l’attention en disant : « Ronnie! ». C’est à ce moment que la musique change encore pour le thème 2. Un plan en contre-plongée nous la montre sortant de la maison, descendant les marches du perron pour rejoindre son fils, suivi d’un plan subjectif avec mouvement de caméra qui nous met dans la peau de la mère allant vers Ron. C’est un des moments les plus émouvants du film. Oliver Stone dit d’ailleurs :
I love emotion. I love the scene when Tom Cruise comes home from Vietnam and sees his mom. I’ve gotten a lump in my throat every time I’ve seen it and I’ve seen it 150 times. I told John Williams that I wanted the most romantic moment in the score to come at that exact moment when she’s running down the ramp to see her son come home from the war. And I wanted the whole thing framed by trees and the Long Island sky, with the neighbors coming in from all sides and the music to mark it as a shining moment. (15)
Le thème 2 est donc joué avec émotion. On n’entend que des cordes. Les notes noires ne sont pas toujours jouées à leur pleine valeur, comme si le respire était retenu, ce qui donne encore plus d’impact à la pièce. Aussi, le thème est simplifié. Après un plan d’ensemble montrant les voisins venus saluer Ron, un plan rapproché de la mère nous fait voir son trouble, sa tristesse de voir son fils paralysé. La musique appuie l’image par un changement de tonalité qui a pour effet d’augmenter l’intensité émotionnelle.
Cette scène est suivie d’une autre aussi émouvante, mais sans musique. Ron revoit sa chambre. Son père, ému, le serre dans ses bras. Puis suit la scène où Ron rend visite à son ami Steve maintenant propriétaire de Boyer Burger. Ici, la seule musique est celle, à peine perceptible, qui joue à l’intérieur du restaurant (Love is Blue). Ensuite, c’est le souper autour de la table chez les Kovic. Ron et Tommy ont des opinions différentes sur la guerre du Vietnam. Encore une fois, il n’y a pas de musique.
La scène suivante est celle du défilé du 4 juillet 1969 (01 :08 :37). Différents morceaux musicaux s’enchaînent pour rythmer la séquence :
À partir d’un descriptif plan par plan minuté par le chef-monteur, l’auteur va pouvoir ponctuer sa partition d’effets synchrones destinés à accentuer certaines situations dramatiques. C’est la présence de ces repères qui rend plus efficace l’œuvre originale qu’un air préexistant calé tant bien que mal au montage.[…] Ce n’est effectivement qu’après un long et précis travail de mise en place que les données auditives et visuelles souvent isolément insignifiantes vont enfin constituer un montage dynamique. (16)
La scène commence avec un insert de drapeaux américains flottant dans le vent. Un roulement de caisse claire retient alors l’attention. Puis on entend les tambourines de Up, Up and Away, accompagnant le travelling de la caméra qui dévoile un char allégorique. L’image est au ralenti, se mariant bien avec l’effet planant de la musique, des voix surtout. Les paroles de la chanson sont très significatives :
Would you like to ride in my beautiful balloon

Would you like to ride in my beautiful balloon

We could float among the stars together, you and I

For we can fly (we can fly)

Up, up and away

My beautiful, my beautiful balloon


Elles évoquent la bulle, l’univers fermé dans lequel vit la société américaine, une société de consommation (le panneau publicitaire et le char de Boyer Burger illustrent cette idée). La musique est rythmée avec les images, d’abord avec les changements de plans et les mouvements de caméra, mais aussi avec le mouvement à l’intérieur même du cadre. Par exemple, les baguettes du batteur qui joue de la musique avec son groupe sur le char et le pas des soldats de la Marine marquent le rythme de Up, Up and Away. La musique change brusquement pour You’re a Grand Old Flag alors que Ron Kovic apparaît dans la parade. La coupe franche agit comme une ellipse et nous fait comprendre en moins d’une seconde que du temps s’est écoulé. Quand Ron sursaute à cause d’un pétard et qu’il commence à se faire huer, tous les sons d’ambiance, comprenant You’re a Grand Old Flag, sont baissés de volume pour laisser place au thème 1. La trompette jouée de façon dramatique concentre notre attention sur les émotions de Ron. Le tempo suit le mouvement de la caméra. On voit des images de la foule. Le thème reprend au deuxième pétard, lorsqu’on revient sur Ron. Encore une fois, on nous présente des images de la foule. La fin du thème 1 et le retour au volume initial des ambiances surviennent lorsque l’image est de nouveau sur Ron. La fin de la chanson correspond avec la fin de la scène (01 :10 :27).
Conclusion :
Analyser la musique d’un film nous fait réaliser qu’il est difficile de décrire des sons de façon verbale. La musique joue un rôle énorme quant à la compréhension d’un récit cinématographique, que ce soit au niveau des émotions ou au niveau de la perception d’éléments scénaristiques, mais cela se fait de façon généralement inconsciente. C’est se que l’on reproche souvent au cinéma hollywoodien, qui en quelque sorte endort le spectateur, le manipule. C’est ce que l’on reproche en particulier à des films comme Born on the Fourth of July qui sert un propos politique. Se servir des émotions lorsqu’il s’agit de politique, cela relève parfois de la propagande! Mais dans ce cas-ci, Oliver Stone raconte l’histoire de Ron Kovic dans l’intention première de partager une expérience personnelle, par laquelle il a été lui-même touché. C’est donc avec une grande efficacité que la musique de John Williams fait transmettre l’émotion.


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