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Le rôle des mouvements associatifs dans la défense des minorités linguistiques au Burkina Faso
Mamadou Lamine SANOGO

INSS-CNRST

Chargé de Recherche

Ouagadougou



Résumé :

A la grande ferveur de construction des nations autour d’un projet unique et harmonisé, d’une culture et d’une identité nationale des années des indépendances a succédé celle des revendications identitaires basées sur ce qui fonde l’identité du groupe ethnique, religieux et socioprofessionnels. Les minorités linguistiques, objet du présent texte, n’ont certainement pas les grands moyens pour faire face aux élites francophones, mais, les efforts entrepris s’inscrivent dans une dynamique d’action visant à faire limiter les pressions des langues et des groupes dominants. Les associations qui œuvrent pour leur promotion fondent leurs revendications sur leur connaissance des textes adoptés par la communauté internationale et le droit local.

Mots clés : minorités linguistiques, droit linguistique, société civile, langues nationales, politique linguistique
Les minorités linguistiques constituent dans la vague de la mondialisation des vingt dernières années une nouvelle force de contestation efficace mais dont on parle très peu. Cependant, elles se sont fait entendre à de nombreuses occasions : les revendications linguistiques des minorités en France (cas des Bretons), l’intégration de l’enseignement de la langue corse à l’épineuse question corse, les massacres de Soweto en 1976 (suites aux choix linguistiques dans le système éducatif de l’apartheid). A ces éléments de contestation plus ou moins violente s’ajoutent les effets de toute la batterie des droits humains diffusés dans les pays développés, du droit international... Il s’agit par exemple des lois linguistiques en Europe (charte européenne des langues minoritaires) et au Canada, des différents combats menés par la francophonie pour le droit à la différence au non de la langue, le Commonwealth, l’Association des Pays de Langue Portugaise (APLP)…, de la création des commissions linguistiques de l’OUA, de l’intérêt des nations européennes portent aux langues minoritaires en Afrique à travers des fondations ou organisation comme la SIL, le Endangered Languages Fund… Ce sont autant de facteurs qui ont contribué à renforcer la prise de conscience des minorités linguistiques sur leur sort.
Au Burkina Faso comme dans la plus part des pays africains, le poids peu important des langues africaines, minoritaires sur le plan politique de la géopolitique des langues, est toujours rappelé dans les grands débats de politique linguistique. Cependant, la prise de conscience des questions linguistiques (valeur culturelle de la langue, question identitaire, élément de souveraineté…) a soulevé et continue de soulever des vagues de revendications linguistiques. Par conséquent et malgré la situation de léthargie dans laquelle est plongée la commission nationale des langues depuis 1984, les Burkinabè veulent “ réveiller ” leurs “ petites langues ”. C’est ainsi qu’un certain nombre d’associations ont vu le jour autour de cet objectif spécifique. Notons également que des associations déjà existantes ont réorienté leurs actions dans le cadre de la recherche de ressources pour la survie culturelle et linguistique du milieu où elles opèrent.
Les actions entreprises en faveur des langues minoritaires sont multiples et multiformes : sensibilisation aux questions du droit linguistique, campagnes d’alphabétisation, mouvement de renaissance culturelle par la pratique de la langue, animation des groupements, équipement linguistique par la recherche d’un code d’écriture orthographique… Les associations qui interviennent dans ce secteur sont cependant comme désarmées devant les défis et les enjeux de toute sorte. Si nous mettons en rapport le peu de moyen dont ils disposent avec l’ampleur des tâches qui les attendent, nous nous rendons compte que leurs motivations sont grandes et leurs ambitions énormes.
Le but du présent texte est de montrer quelques actions entreprises par les organisations membres de la société civile burkinabè dans la lutte des minorités linguistiques. Nous nous attacherons essentiellement aux actions liées à la sauvegarde et à l’affirmation de l’identité culturelle et linguistique. Nous accorderons cependant une attention au droit linguistique même si cette notion est quasiment méconnue et très peu évoquée au Burkina Faso.
Notre travail se fondera sur une hypothèse à avoir que ces associations sont, au stade actuel, les seules forces qui soutiennent les langues nationales de façon générale et les minorités linguistiques en particulier. Si cette hypothèse est vérifiée, il faudrait initier des actions de renforcement des capacités opérationnelles de ces structures qui sont les derniers garants de l’identité culturelle des peuples africains. Si les questions linguistiques sont considérées comme des débats d’intellectuels en quête de spéculation, la défense des droits de ces minorités incombe à la nation entière car le débat sur le rôle des langues nationales dans le développement est, comme nous l’écrivions dans Sanogo M. L. (1996 : 297)1 plus que d’actualité.
Les intérêts que nous portons à cette question se situent en droite ligne de nos préoccupations de recherche et de militantisme de la cause des minorités linguistiques. Le problème des minorités linguistiques pose de nos jours la question fondamentale de la gestion du patrimoine linguistique de l’humanité. Devant les enjeux de la mondialisation économique et les moyens limités consacrés aux politiques culturelles dans les Etats, le risque de voir les langues minoritaires sombrer dans les oubliettes de l’histoire est très présente. Les actions d’envergure avec les moyens que l’on connaît constituent dans le contexte africain des éléments contribuant à accroître les facteurs de risque. La survie des minorités linguistiques est plus que jamais une nécessité vitale non seulement pour la communauté scientifique mais aussi un surtout pour les minorités elles-mêmes car, comme l’écrivait Hagège C. (2000), utiliser sa langue, c’est exister2.
Le présent texte comportera les trois grandes parties  suivantes : Dans un premier temps, nous allons évoquer quelques dispositions juridiques en matière de droit linguistique au Burkina Faso. En second lieu, nous présenterons des associations fondées sur la base stricte de la défense et de la promotion des langues nationales. Les effets de ces associations ne sont plus à démontrer dans le cadre de l’organisation en force de revendication et de promotion des minorités linguistiques au Burkina Faso. Nous allons montrer la dynamique d’action sur le terrain qui a imposé une réorientation des autres associations ayant adopté les mêmes objectifs. Ensuite, nous allons présenter les actions entreprises, les acquis ainsi que les difficultés entravant la marche de ses associations. Il s’agit en l’occurrence d’évoquer essentiellement des difficultés liées à la nature de leur objectif de défense des minorités linguistiques.
1. Aperçu sur les lois linguistiques au Burkina Faso
Les dispositions juridiques en matière de droit linguistique au Burkina Faso ne sont pas nombreuses. Dans le cadre de sa politique de non-intervention, l’Etat burkinabè mène très peu d’actions dans le domaine de la politique linguistique. Néanmoins, il y a quelques textes qui ont été élaborés au fil de l’histoire de l’évolution des idées sur les questions linguistiques. Le rythme de croissance de ces textes est tributaire de l’état de développement de la question linguistique chez les politiques. Il y a donc très peu de textes et leurs effets n’ont pas d’influence majeure sur la vie des Burkinabè. Leur domaine d’application est très limité, ce qui démontre que la question linguistique est assez éloignée des préoccupations des politiques dans ce pays. Ainsi, la constitution prévoit la défense des droits linguistiques pour tous dans son article 1 où il est écrit :
1) Tous les Burkinabè naissent libres et égaux en droits.
2) Tous ont une égale vocation à jouir de tous les droits et de toutes les libertés garantis par la présente Constitution.
3) Les discriminations de toutes sortes, notamment celles fondées sur la race, l'ethnie, la région, la couleur, le sexe, la langue, la religion, la caste, les opinions politiques, la fortune et la naissance, sont prohibées

Cette loi qui est relève du droit général peut être considérée –dans son application- comme un principe moral plutôt qu’un droit. Elle se rapproche plus d’une mesure de protection que d’un facteur de promotion. A ce titre, elle a très peu d’influence sur la vie politique des Burkinabè qui n’ont pas le droit d’utiliser toutes leurs langues même dans les domaines fondamentaux de leur vie (éducation, santé, travail, droit...). Ainsi, dans la gestion des langues au quotidien héritée de la période coloniale, les fonctions des différentes langues (officielle, véhiculaire, grégaire) sont entérinées par le texte fondamental. A ce titre, la constitution prévoit également pour chaque catégorie de langue des statuts. Ainsi, dans son article 35, il est écrit :



1) La langue officielle est le français.

2) La loi fixe les modalités de promotion d'officialisation des langues nationales.
Comme nous pouvons le voir, le Burkina Faso ne reconnaît que deux catégories de langues en fonction des statuts politiques. Dans un premier temps, nous avons une langue officielle. C’est la langue des lois, la langue de la législation, la langue du travail et enfin la langue de l’enseignement conduit par l’Etat. Par conséquent, tous les documents, même les plus officiels dans les autres langues nationales, ne sont que la traduction adaptée de la version originale en français. Cette disposition héritée de la politique coloniale est, comme nous pouvons le voir chez Turcotte D. (1983) le leitmotiv de la juridiction burkinabè en matière de droit linguistique3.
Ensuite et en second lieu, les autres langues parlées par les ethnies présentes au Burkina Faso ont le statut de langue nationale. Ce statut honorifique qui ne leur accorde que le droit d’être cité n’apporte aucun avantage. En accordant le même statut aux langues ayant des rythmes de vitalité ethnolinguistique différente, l'Etat burkinabè est loin de résoudre le problème. Au nom du principe de l’égalité entre les ethnies vivant sur le même territoire national, le statut commun ne protège ni n’accorde aucun avantage réel aux langues les plus faibles du point de vue numérique. En revanche, ce droit ne fait qu’entériner la gestion du statut quo basée sur le privilège accordé aux langues de grande diffusion (moore, dioula et fulfulde). Les trois langues ci-dessus citées occupent une place quasi-officielle aux côtés du français. C’est dans ces langues que sont traduits en priorité les documents officiels lorsque l’on a le souci de les mettre à la disposition de la grande masse des non francophones. Les langues grégaires et minoritaires sont exclues des grandes tribunes en évoquant leur expansion géographique faible.
Troisièmement, les langues des groupes ethniques étrangères installées au Burkina Faso ne sont aucunement pas prises en compte par les dispositions juridiques. Bien que très nombreuses (Yoruba, Haousa, Ashanti, Wolof...) les langues parlées par ses groupes n’ont aucun statut. Il en est de même des langues comme l’anglais, l’allemand, l’espagnol, l’arabe, le russe... que l’on retrouve dans le système éducatif. La loi ne fait aucune mention de ces langues qui font partie du patrimoine linguistique des Burkinabè4. L’anglais est, par exemple, une langue obligatoire dans le système d’enseignement secondaire et certaines écoles pour privilégiés n’hésitent même pas à l’introduire dans les maternelles. De même, l’arabe est enseigné depuis la période pré-coloniale et l’on compte un très grand nombre de diplômés dans cette langue. Ils sont formés aussi dans le système éducatif burkinabè qu’à l’étranger, notamment dans les universités arabophones.
Dans les médias, le décret no 95-306/PRES/PM/MCC portant cahier des missions et charges des radiodiffusions sonores et télévisuelles privées au Burkina Faso prévoit que toute station de radiodiffusion sonore ou télévisuelle devra, à travers ses programmes, contribuer à la promotion de la culture et des langues nationales :
Article 7

Toute station de radiodiffusion sonore ou télévisuelle devra à travers ses programmes contribuer :



- au développement économique;
- à l'épanouissement culturel et social de la population,
- à la promotion de la culture et des langues nationales.

Si cette disposition accorde une place importante aux langues nationales en œuvrant pour leur promotion, il faut reconnaître qu’il ne fait aucunement obligation aux médias d’accorder un quota à telle ou telle langue nationale. La radio nationale par exemple ne fait des émissions radiophoniques que dans 15 langues nationales sur les 59 langues recensées par l’Institut des Sciences des Sociétés (INSS)5. A la télévision nationale, les langues nationales utilisées n’excèdent pas 76.
Quant à la presse écrite, signalons que seuls les journaux édités par l’initiative des associations (Association des Editeurs et Publicateurs en Langue Nationales) ont un souci de promotion des langues nationales. Il n’existe, de nos jours, aucun journal (quotidien, hebdomadaire ou mensuel) de l’Etat en langue nationale.
Dans le domaine de l’éducation, le français occupe comme dans tous les autres secteurs le premier plan. Ainsi, en vertu de la loi n° 013/96/ADP portant loi d'orientation de l'éducation, le français et les langues nationales sont les langues d'enseignement :
1) Les langues d’enseignement sont le français et les langues nationales.
2) D’autres langues sont utilisées comme disciplines d’enseignement.

Malgré les efforts entrepris par les associations dans le cadre de la promotion de l’enseignement bilingue, il faut reconnaître que l’Etat traîne un peu les pieds. Après les nombreuses expériences concluantes et tout le débat qu’il y a autour de l’éducation bilingue, les premiers dirigeants continuent d’envoyer leurs enfants dans les écoles bilingues (anglais – français dès la maternelle) et les enfants des paysans vers les écoles bilingues (langue nationale – français). En outre, le fait que ces écoles soient situées dans la zone rurale n’encourage pas les Burkinabè qui pensent que “ si c’est bon, il faut le faire pour tous ”. Cette revendication légitime ne fait que renforcer les arguments des plus septiques.
Il ressort de ce bref rappel que les dispositions juridiques en matière de droit linguistique sont insuffisantes et disons inefficaces. L’Etat Burkinabè, à l’instar des autres pays de l’Afrique francophone n’a pas pris beaucoup d’initiatives en matière de droit linguistique. Les dispositions héritées de l’administration coloniale n’ont quasiment pas été reformées. Diverses raisons (politiques, économiques,...) expliquent cette situation juridique des langues dans ces pays. Cependant un grand débat subsiste en opposant les partisans du changement et ceux du maintien du statut quo. Les mouvements associatifs qui œuvrent dans le domaine du doit linguistique au Burkina Faso adhérent à la cause de la politique du changement mais pas dans n’importe quelle condition. De même, les actions entreprises jusqu’à présent s’inscrivent dans une volonté de maîtrise de la direction du mouvement de la reforme souhaitée.
2. Les associations de défense des langues nationales et des minorités linguistiques
Pour comprendre l’émergence et le fonctionnement de ces associations, une brève histoire s’impose. Le rappel des facteurs et structures ayant été à leurs origines apparaît alors comme une nécessité. La première structure à prendre en compte la préoccupation de l’affirmation des langues nationales de façon générale fut la commission nationale des langues voltaïques. Bien qu’elle ne soit pas créée spécifiquement pour les minorités linguistiques, nous pouvons dire que les actions entreprises dans le cadre de cette commission ont eu comme effet la prise de conscience des questions linguistiques d’une façon générale et des questions de survie des minorités linguistiques et culturelles en particulier. C’est donc dans le cadre de cette commission que les programmes d’alphabétisation ont pris en compte les langues n’ayant pas une envergure nationale. C’est également au niveau de cette commission que beaucoup d'associations ont pris conscience des bribes du droit linguistique et de la nécessité de promouvoir les langues nationales.
Créée par décret présidentiel en 1969, la commission nationale était organisée de la façon suivante :

Au sommet, nous avons le président de la commission qui est le Ministre en Charge de l’éducation nationale. De nos jours, cette fonction est assurée par le Ministre des Enseignements Secondaire, Supérieur et de la Recherche Scientifique.

Ensuite, viennent les structures opérationnelles avec à la tête le secrétariat permanent de la commission. Ce secrétariat est confié au Centre National de la Recherche Scientifique qui l’a affecté à l’Institut des Sciences des Sociétés. A ce titre, le directeur de cet institut assure la fonction de secrétaire permanent.
Le secrétariat permanent aide coordonne et appui techniquement et financièrement les sous-commissions nationales de langue.
De nos jours, on compte près de 22 sous-commissions avec des états de santé divergents. Des sous-commissions dynamiques comme celle du moore aux sous-commissions, disons bloquées, comme celle du dioula, nous avons toute une panoplie de sous-commissions qui mènent des actions diverses au bénéfice des langues nationales. Mais il convient d’ajouter que la situation actuelle de la commission nationale conjuguée avec la rareté des bailleurs de fonds dans ce domaine spécifique fait que nous ne pouvons recenser que des actions ponctuelles à portée très limitée sur le terrain. Il s’agit de timides naissances de sous-commissions pour les communautés ethnolinguistiques qui n’en avaient pas, du renouvellement de quelques bureaux, de la tenue de quelques ateliers de réflexion...
Les sous-commissions de langues nationales sont des associations composées de volontaires bénévoles. Les sous-commissions nationales sont, en principe, des structures relais de la commission nationale qui devrait les superviser, les administrer et les former dans le cadre de ses missions. Mais la réalité est tout autre :

- la commission nationale ne fonctionne plus et aucune action visible n’est entreprise jusqu’à présent pour changer le cours des choses;

- les opérateurs d’alphabétisation travaillent directement en étroite collaboration avec les sous-commissions ayant un programme entrant dans le cadre de leurs objectifs ;

- les partenaires techniques et financiers préfèrent traiter directement avec ses associations intervenant sur le terrain. Cette nouvelle stratégie renforce leur crédibilité au près du public alors que la commission nationale n’a rien entrepris depuis 1984 ;

- les sous-commissions ont pris leur indépendance vis-à-vis de la commission nationale qui n’assure plus ses fonctions.
En dehors de la commission nationale des langues et de ses sous-commissions, d’autres associations œuvrent dans le domaine de la promotion des langues nationales et des minorités linguistiques. Nous allons évoquer les plus dynamiques et les plus visibles par leurs actions sur le terrain.
2.1. L’Association TIN TUA
Du Goulimanceman “ développons-nous ” l’association TIN TUA est née en 1989 à Diapangou dans la province du Goulmou. Elle a été créée suite à la maturité obtenue par les opérateurs d’alphabétisation sur le terrain. En effet, il y avait deux programmes qui s’affrontaient dans le cadre des campagnes d’alphabétisation entre 1984 et 1989 dans la zone géographique Est du Burkina Faso. Il s’agit du Programme d’Alphabétisation du Goulmou (PAG) (mouvement associatif) et de l’Opération Commando qui concernait tout le pays (action gouvernementale).
Le PAG avait pour objectif principal :

- d’aider les paysans à apprendre à lire, écrire et calculer ;

- de mettre à leur disposition des manuels de lecture en nombre suffisant et portant sur des thèmes divers ;

- rédiger et publier un journal élaboré surtout par les néo-alphabétisés eux-mêmes.


Au-delà de cette mission de formation et d’émancipation, le PAG menait des actions d’initiation et d’animation des groupements villageois, des techniques de travail collectif, des organisations de jeunesse, de femmes, des sensibilisations aux questions d’hygiène, de santé…
Les actions entreprises par le PAG vont porter très tôt leurs fruits sur le terrain. Les groupements ainsi formés ainsi que les organisations de jeunesse vont obtenir plus de résultat dans leurs tâches et dans les missions qu’ils se sont assignées. Il naîtra alors la volonté de se déployer davantage et de multiplier les bénéficiaires en diversifiant les actions. Cette nouvelle situation amènera à envisager la création d’un cadre institutionnel plus apte que la sous-commission nationale du gulmanceman, association à caractère essentiellement culturel, à regrouper et à gérer les groupements qui se formaient. L’évolution de ces deux programmes finira par donner raison à ceux qui voyaient des aspects complémentaires. La fin de la révolution qui avait lancé la campagne d’alphabétisation commando viendra atténuer les élans des bataillons engagés dans cette opération.
En 1989, des étudiants et les groupements villageois, les délégués des groupements existants, les représentants des comités de gestion de centres, les alphabétiseurs, les superviseurs, des autorités coutumières, des membres de la sous-commission nationale du gulmanceman ayant les mêmes visions en matière d’alphabétisation se retrouvèrent et créèrent l’Association TIN TUA.
L’objectif principal de l’association TIN TUA peut se résumer par la formule suivante : “ promouvoir un développement endogène par la formation des hommes ”. Il s’agit d’un développement endogène qui ne viendra que du milieu. Conscient que ce développement ne peut s’obtenir que par l’engagement collectif de tous les acteurs, l’association a mis l’accent sur la formation en langue nationale. Le choix de la langue nationale s’explique par les conclusions des études de faisabilité menées sur le terrain ainsi que les résultats atteints par des expériences similaires.
Les groupements adhérant à cette association doivent compter au moins 50% des membres alphabétisés en leur sein. L’association compte de nos jours plus de 12 000 membres et l’un des grands succès est l’élection de sa méthode d’alphabétisation comme l’une des plus efficaces dans le pays.
Les activités de l’association sont diverses et couvrent les domaines d’intervention suivants : genre et développement, service des projets et de renforcement des capacités organisationnelles des organisations paysannes, service jeunesse, presse rurale (journal Laabali) et bibliothèques villageoises, imprimerie, comptabilité et gestion financière, alphabétisation de base et la direction des centres Banma Nuana.
Les groupes linguistiques qui bénéficient de nos jours des actions de TIN TUA sont : les Gourmance, les Haousa, Les Peul… A ces groupes directement implantés dans la zone d’action de l’association, nous avons les bénéficiaires indirectes qui profitent -par le truchement de la traduction- des œuvres et productions de TIN TUA. Il s’agit des Cerma, des Dioula…

2.2. Elan – Développement
L’association ELAN – Développement (Association pour la promotion de l’Ecrit et du Livre dans les langues nationales pour le développement) a été créée en 1993 sur l’initiative de linguistes. Les ressources proviennent des cotisations des membres et des prestations de services (traduction, formation, production de document…) L’association bénéficie aussi d’un appui financier de l’œuvre Suisse d’Entraide Ouvrière (OSEO) avec qui elle mène un contrat de partenariat autour des questions d’alphabétisation en langue nationale et d’éducation bilingue.
Elle intervient dans les provinces de Bam, Bazèga, Oubritenga, Passoré et dans bien d’autres zones à l’image des langues dioula, fulfuldé et lyélé en vue d’une extension linguistique et géographique de la méthode ALFAA déjà en cours.

Les objectifs de l’association :


- Développer l’alphabétisation dans les langues nationales et en français ;

- Augmenter la production de documents en langues nationales pour appuyer le processus de post-alphabétisation ;

- Contribuer à accroître la confiance des populations en leurs langues et leur utilisation dans l’enseignement.
2.3. Fondation pour le Développement Communautaire (FDC)
Save the children / FDC est une organisation non gouvernementale qui œuvre en faveur des enfants depuis 1932, et au Burkina Faso depuis 1997 sous la dénomination Fondation pour le Développement Communautaire.
Ses objectifs sont les suivants :
- Soins de santé primaire : l’amélioration de la nutrition, la lutte contre les maladies diarrhéiques, l’immunisation, le planning familial, la prévention du SIDA et la lutte contre le paludisme. Ces actions s’orientent vers la formation des familles, des agents de santé communautaire, d’ONG locales et des femmes ;

- Productivités / crédits : la promotion des comités villageois d’épargne et de crédit en vue d’appuyer les activités rémunératrices des femmes, l’artisanat et l’agriculture ;

- Agriculture / gestion des ressources naturelles, planification par les communautés de l’utilisation des ressources naturelles pour une meilleure gestion de l’environnement et accroissement des rendements agricoles ;

- Education, la promotion de la fréquentation de l’école primaire, la recherche de la qualité de l’éducation de base, la promotion de l’alphabétisation des adultes.


Dans ses zones d’implantation, cette fondation mène des actions d’alphabétisation et de formation qui profitent aux communautés linguistiques. Le choix de la langue de formation étant laissé à l’appréciation des communautés qui sont impliquées dans cette collaboration, il va sans dire que les langues minoritaires en profitent. Ainsi dans la Comoé, des centres d’alphabétisation ont choisit des langues comme le cerma là où le dioula assure la fonction véhiculaire. Il en est de même dans le Kénédougou avec le sèmè dans certains centres d’alphabétisation et de CEBNF (Centre d’Education de Base Non Formelle)7.
2.4. Association Manegdzanga
L’association Manegdzanga (développement pour tous en moore) est une organisation non gouvernementale, créée le 05 février 1991 à Nomgana dans le département de Loumbila par vingt-six (26) groupements villageois. Elle est reconnue officiellement par arrêté n°AN VIII – 132/FP/MAT/SG/DELPAJ/ du 26 avril 1991. Son cheval de bataille demeure la lutte contre l’analphabétisme, l’ignorance et la pauvreté par la promotion de l’éducation et de toute activité socio-économique et culturelle.
Les objectifs de l’Association Manegdzanga sont entre autre :

- appuyer les programmes d’alphabétisation, de formation et les innovations éducatives ;

- assurer le perfectionnement des cadres villageois ;

- assurer l’initiation des responsables des organisations paysannes au français fondamental ;

- former, en rapport avec l’alphabétisation, les producteurs dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage, de l’organisation paysanne, de la santé, de l’environnement et du cadre de vie, du maraîchage, etc.

- implanter des unités économiques qui génèrent des ressources financières capables de soutenir les efforts des organisations paysannes pour l’autofinancement du développement à la base ;

- mettre en place des structures et des instruments de gestion de ces unités économiques ;

- assurer un service d’appui conseil en gestion et aux organisations paysannes.


Les réalisations dans le secteur de l’éducation sont immenses. On notera alors la construction de l’équipement de dix (10) écoles bilingues dans neuf (09) villages et de vingt quatre (24) logements des maîtres.
Douze (12) centres d’alphabétisations ont été aussi construits et équipés sur quinze (15) centres fonctionnels chaque année. On pourra également mentionner l’existence d’une presse locale entièrement équipée.
Enfin, d’autres secteurs comme l’élevage, l’agriculture, l’environnement, la santé et l’économie enregistrent des réalisations spectaculaires.
Ainsi à titre d’exemple, des producteurs sont formés aux nouvelles techniques d’embouche et agricoles, à la réalisation d’un environnement lettré avec cinq cents (500) panneaux bilingues confectionnés pour l’identification des villages et des lieux publics.
Environ trente mille (30 000) personnes ont été sensibilisées sur les infections sexuellement transmissibles (IST) et le Sida et d’autres maladies.
Sur le plan économique, une caisse populaire, des moulins, une savonnerie, des forages et une pharmacie ont été réalisés au profit de la communauté.
Cette association qui souhaite étendre son expérience a entrepris la traduction de ses documents dans les langues comme le cerma, le lyele et le dioula. Ces travaux permettent alors à ces communautés de langue minoritaire de bénéficier des actions entreprises par un groupe dominant, numériquement comme le moore.
2.5. Association Keeni
Créée en 1997 sur l’initiative de linguistes de la SIL, de l’Université, du CNRST et des associations confessionnelles, l’Association Keeni (en bwaba “ étudier ”) se fixe pour objectifs de :

- former et alphabétiser la langue bwaba et dioula ;

- mener des opérations de sensibilisation et de formation à l’attention des publiques cibles ;

- mener des recherches appliquées sur les deux langues ;

- élaborer les codes orthographiques ;

- produire des documents didactiques.
Le mérite de cette association est d’avoir pris en compte une langue minoritaire comme le bwaba dans le cadre de ses programmes d’activité.
Cependant, l’association Keeni qui s’était fixé des grands objectifs dès le départ n’a réellement pas fonctionné. Les structures mises en place et les personnes qui occupaient les différentes fonctions étaient déjà des doublures d’autres organisations similaires (membres des sous-commissions nationales du dioula, du bwamu, de ANTBA-SIL...). De même, l’association n’ayant reçu aucun financement, les seules cotisations de ses membres actifs n’ont pas réussi à lui faire respecter ses engagements.
2.6. L’Association Tiéfo Amoro
Du nom de Tiéfo Amoro, celui qui a amené le royaume tiéfo à son apogée, cette association est créée sur l’initiative des intellectuels tiéfo du Burkina Faso. Conscients de leur situation de minorité linguistique menacée de disparition, les acteurs de cette association se sont assigné la mission de sauvegarde de leur identité et de leur patrimoine. Dans cette perspective, les objectifs fixés par l’association sont les suivantes :

- lutter pour la reconnaissance et l’affirmation de l’identité tiéfo ;

- travailler à la renaissance culturelle des tiéfo ;

- engager toute action en faveur de l’émancipation des Tiéfo et de leurs cultures.
Cette association est dotée d’une structure opérationnelle organisée en commissions spécialisées. La commission linguistique a entrepris un véritable travail d’équipement linguistique sur le terrain.
2.7. ANTBA-SIL
L’Association Nationale pour la Traduction de la Bible et de l’Evangile travaille en étroite collaboration avec la Société Internationale de Linguistique. Dans sa mission d’évangélisation, cette association mène des activités de recherche sur les langues minoritaires du Burkina Faso. C’est dans cette perspective que les langues comme le blé, le dogose, le lobiri … ont bénéficié de production documentaire comme les syllabaires, les manuels de transcription, les guides orthographiques…
Grâce aux travaux de cette association en collaboration avec son partenaire, nous avons un inventaire très détaillé des langues du Burkina Faso. Les langues minoritaires comme le zarma avec ses 600 locuteurs, le gan avec 6000 locuteurs, le wara avec environ 4500 locuteurs, le téén ou lorhon avec 1200 locuteurs… ont connu leurs premières productions écrites et les premiers travaux scientifiques.
2.8. PROVALLAN (Association pour la Promotion et la Valorisation de la Linguistique et des Langues Nationales)
Créée le 7 juillet 1999 sur l’initiative des linguistes et de tous ceux qui travaillent avec et sur les langues nationales, elle est reconnue sous le récépissé n°99-397 / MAT/SG/DGAT/DLPAJ. L’association Provallan est un cadre d’échange qui réuni aussi bien les linguistes, les alphabétiseurs, les formateurs, toute personne impliquée dans la création, la formation et la diffusion d’œuvre en langue nationale. Le caractère hétéroclite de ses membres est le fruit de la volonté de mettre en place un cadre qui va regrouper tous ceux qui de par leurs activités professionnelles ou de par leur passion touchent un temps soit peu aux langues nationales.
Cette association a pour objectifs :

- la valorisation du métier de linguiste ;

- la promotion des langues nationales ;

- la participation à toute action en faveur des langues nationales ;

- la production de documents didactiques en langue nationale ;

- l’appui à la recherche en langue nationale.
Avec près de 40 membres fondateurs composés de près de 10 nationalités, l’association compte de nos jours de nombreux adhérents. Elle mène des activités de sensibilisation et de promotion en faveur des langues nationales. Elle a organisé du 20 au 24 mars 2000 un colloque international sur l’orthographe des langues nationales. Ce colloque qui s’est tenu à l’Université de Ouagadougou a permis aux linguistes, aux alphabétiseurs, aux formateurs d’échanger sur les problèmes liés à l’orthographe des langues nationales.
3 Les actions et limites de ces associations
3.1. Alphabétisation
D’une façon générale, l’alphabétisation de ses membres et des membres du groupe linguistique semble au niveau de toutes ces associations la stratégie la mieux adaptée à leurs préoccupations. Les campagnes d’alphabétisation ont un fondement idéologique très marqué. Plus qu’un simple besoin d’apprendre à lire et à écrire, il s’agit aussi de mener des actions vivant à valoriser “ sa langue ” en l’écrivant, en produisant des textes écrits... Ainsi, les campagnes d’alphabétisations qui ont été initiées par les ORD, les missions religieuses et par la suite les Comités de Défense de la Révolution (CDR) sont désormais aux mains des mouvements associatifs.
TIN TUA dispose de près de 12 000 centres d’alphabétisation ainsi que de nombreux centres d’éducation de base non-formelle qui accueillent les enfants de 12 à 14 ans. Cette association compte plus de centres d’alphabétisation que toutes les structures de l’état réunies.
ELAN – Développement travaille dans le cadre de ses programmes d’alphabétisation en collaboration avec l’Institut National d’Alphabétisation (I.N.A.). Opérant essentiellement en zone moorephone du centre, elle a élaboré une méthode d’enseignement du français aux néo-alphabétisés qui a remporté des succès certains.
La SIL-ANTBA qui a la panoplie de langue nationale la plus importante dans ce domaine n’est pas en reste. Les stratégies d’évangélisation des fidèles sont accompagnées de campagnes d’alphabétisation. Dans certaines langues minoritaires comme le sèmè, le cerma, le Nareregue, le sipiere, le senari, le karaboro et le dzungo, seuls les adhérents au protestantisme savent lire et écrire. Les autres minorités de l’Ouest où cette église n’est pas installée sont alphabétisés en dioula.
3.2. Edition de documents didactiques
Elan –développement, la sil et TIN TUA se sont largement investis dans ce domaine.
Elan-Développement a une équipe qui a déjà élaboré des documents de grammaire, de phonétique et des manuels pour les premier et deuxième niveaux en moore. Elle est en train d’expérimenter, en liaison avec l’INA et l’OSEO, les manuels d’apprentissage du français à travers l’alphabétisation en moore. L’équipe élabore les documents et forme des agents de l’INA pour l’expérimentation de la méthode ALFAA. Comme perspectives et dans le cadre d’une vulgarisation réelle de la méthode ALFAA, l’ELAN – Développement est en train d’expérimenter la méthode ALFAA en dioula, lyele et fulfulde, ce qui permet l’ouverture d’écoles bilingues dans les zones d’implantation des langues ci-dessus citées.
L’Association TIN TUA quant à elle édite la presse rurale (journal Laabali), équipe les bibliothèques villageoises et contribue à la production de documents didactiques. Les documents produits par son imprimerie couvrent divers domaines comme la comptabilité et gestion financière. Le secrétariat exécutif qui s’investissait considérablement dans l’alphabétisation de base a orienté ses actions en direction des centres Banma Nuana8.
La SIL-ANTBA excelle, pour sa part, dans la production de syllabaires et de supports à l’implantation d’une culture de la lecture au sein des communautés villageoises. On compte au moins un calendrier régulièrement mis à jour, des monographies du village, des recueils de contes et tradition du terroir, des passages bibliques ou des textes d’évangile. Toute cette production a pour but de soutenir les campagnes d’alphabétisation en évitant l’analphabétisme de retour par la mise à la disposition des néo-alphabétisés de documents de lecture.
3.3. Organisation de journées d’actions (portes ouvertes)
Manedzanga et Elan développement qui sont des partenaires organisent des tribunes de communication à l’attention du public burkinabè. Lors de ces expositions, il y a de nombreuses productions scientifiques et de vulgarisation qui permettent aux visiteurs de se rendre compte de la quantité et de la production de qualité. Ces opérations de communication permettent de charmer le public qui adhérera à la cause des langues nationales.
TIN TUA organise également ces genres d’opérations surtout en fin d’année. Ces fêtes sont l’occasion de montrer le mérite de l’investissement en langue nationale. Les élèves ayant obtenu des succès en s’appuyant sur les langues nationales sont présentés lors de ces grands événements et félicités publiquement. De même, les groupements ayant obtenu des résultats satisfaisant sont équipés et encouragés pour susciter l’enthousiasme chez les autres.
3.4. Séminaires et colloques
De toutes ces associations œuvrant dans le domaine des langues nationales en générale, Provallan est la seule à avoir organisé un colloque international sur la question de l’orthographe des langues nationales du Burkina Faso. Ce colloque qui s’est tenu du 20 au 24 mars 2000 à l’Université de Ouagadougou a réuni les linguistes, les alphabétiseurs, les formateurs, les chercheurs... travaillant sur toutes les langues du Burkina Faso. Les participants se sont penchés sur des questions et des problèmes qu’ils rencontrent dans l’écriture orthographique des langues nationales. Plus de 60 communications ont été présentées sur une trentaine de langues du pays. Des langues minoritaires comme le gan, le toussian, le nikanre... ont bénéficié au cours de ce colloque de cadre d’échange scientifique alors que tous ceux qui travaillaient jusqu’à présent sur ce terrain étaient confinés dans leur seul cadre. Des formateurs et linguistes qui œuvrent sur les langues minoritaires ont beaucoup apprécié ce colloque et ont recommandé la poursuite de telles initiatives.

3.5. Formations spécifiques (Découvre Ta Langue / SIL)

ANTBA SIL
La SIL organise depuis environ 5 ans des séminaires de formation à l’attention de tous ceux qui s’intéressent aux langues nationales. Ce séminaire intitulé Découvre Ta Langue (DTL) est destiné à un publique de non-spécialiste des questions linguistiques dans une perspective scientifique. Les participants sont familiarisés aux méthodes d’écriture des langues africaines, aux problèmes de structure de ces langues, aux éléments de description... Il s’agit d’un vrai programme de linguistique mais très allégé en vue de capter et d’intéresser d’autres personnes. Ce programme qui est un vrai succès gagne de plus en plus de l’audience auprès du public burkinabè. Les associations et les sous-commissions de langues minoritaires trouvent dans ce programme de véritables outils de formation, d’information et de sensibilisation.
La SIL à travers donc ce séminaire mène ce que l’on pourrait qualifier d’un renforcement des capacités opérationnelles de la société civile en matière de défense des langues nationales. Malgré le caractère confessionnel de leur recherche (basé sur l’évangélisation dans les langues locales), l’équipe de la SIL ne fait aucune discrimination dans le choix des auditeurs. De même, ce programme est régulièrement mis à jour en fonction des critiques et amendements des participants et des partenaires scientifiques.
Au terme de cette présentation sur la contribution de la société civile dans la défense des minorités linguistiques au Burkina Faso, nous pouvons présenter un certain nombre d’acquis :

- Le mouvement associatif s’est largement investi dans la connaissance des droits linguistiques à travers les actions menées sur le terrain par les sous-commissions de langues nationales ;

- L’équipement linguistique (système d’écriture orthographique, les manuels, la littérature....) sont en grande partie l’œuvre de ces associations ;

- Les campagnes d’alphabétisation qui sont les cadres privilégiés de promotion et de valorisation des langues nationales sont conduites surtout par les associations ;

- La structure de l’Etat chargé de cette mission n’apporte plus qu’un appui technique qui est loin d’être adapté aux besoins des demandeurs. Nombre de ces associations se retournent alors vers des consultants privés pour résoudre des problèmes d’évaluation, de formation, d’équipement...

- Devant la léthargie de la commission nationale des langues, le mouvement associatif a connu une véritable éclosion et une liberté d’entreprendre. Sa force repose donc sur l’initiative et le volontariat de ses membres, ce qui s’oppose au fonctionnariat sans motivation aucune des permanents de la commission nationale ;

- L’esprit d’équipe et de collaboration que les associations ont développé n’est pas sans conséquence sur ce que l’on pourrait considérer comme un facteur de succès. En effet, l’expérience des écoles bilingues a montré que ces organisations poursuivent le même objectif et qu’ils sont capables de mettre leur force en commun. La production de document didactique en langues nationales a été assez bien partagée entre TIN TUA et les autres. De même, les journées, colloques et séminaires organisés par les uns sont des occasions de retrouvailles et d’échange autours des questions et préoccupations communes.
Nous pouvons retenir que le mouvement associatif burkinabè mène des actions dans le domaine des droits linguistiques de façon générale et des minorités en particulier. Ces actions sont cependant entravées par des difficultés comme :

- le nombre extrêmement limité dispositions juridiques

- les limites de leur domaine d’application ;

- la faiblesse des moyens mis à la disposition de ces associations.
Cependant, le volontariat des membres ainsi que leur degré d’engagement aux causes qu’ils défendent sont de véritables sources d’énergie pour mener ce combat difficile.
Au-delà donc des actions de développement et de sensibilisation, on assiste de plus en plus à des actions de revendication culturelle. L’association Tiéfo Amoro est très expressive sur ce point. Mais à regarder de près, on voit qu’il y a un besoin réel d’affirmer son existence et cette affirmation prend le plus souvent une allure de revendication. Parmi les éléments les plus évoqués ou du moins les plus revendiqués se trouve la langue, l’élément fondateur des identités ethniques.
Cette situation s’explique par le fait que de nombreux peuples minoritaires n'acceptent plus leur sort; certains n'essaient plus que de survivre, d'autres cherchent des moyens de promouvoir leur langue et leur culture. Dans tous ces mouvements de revendication, les principes invoqués sont ceux de l'identité et de l'autonomie.
Les associations qui œuvrent dans cette perspective au Burkina Faso ont jusqu’à présent privilégié la tentative de régler les conflits sociaux par le droit, notamment le droit linguistique. Il est, nous le savons l'un des moyens les plus pacifiques et les plus efficaces qui soient. La langue, nous le savons également, est d'abord un instrument de communication. Lorsqu'elle se transforme en instrument de non-communication, particulièrement en outil de confrontation, elle devient rapidement une machine de guerre et de désintégration.
En somme, disons que le combat des minorités linguistiques du Burkina Faso s’inscrit dans la grande vague des mouvements autonomistes dans le monde. Le droit à la langue n’est pas le combat des seules minorités linguistiques. Il faut reconnaître qu’il est l’un des principaux enjeux des batailles en matière de géopolitique. Les grands mouvements comme la francophonie n’ont-ils pas intégré et mis au premier plan la défense de la langue au nom de l’exception culturelle ?

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1 Sanogo M.L., 1996, “ Question de glottopolitique en Afrique Noire francophone ”, in Les politiques linguistiques, mythes et réalités, L.J. Calvet et C. Juillard (eds;) p. 297 – 302

2 Hagège C., 2000, Halte à la mort des langues, Odile Jacob, Paris, 381 pages

3 Turcotte D. 1983, Lois, règlements et textes administratifs sur l'usage des langues en Afrique Occidentale Française (1826-1959), éditions Presses de l'Université Laval, 117 pages.

4 voir à ce propos Sanogo M. L. 2002, “ Inventaire des langues du Burkina Faso ”, dans Cahiers du CERLESHS, n°19, Université de Ouagadougou, pp.195-216.

5 Pour le nombre de langues parlées au Burkina Faso, nous renvoyons le lecteur à notre article : Sanogo M.L, 2002, “ A propos de l’inventaire des langues du Burkina Faso ”, dans Cahiers du CERLESHS n° 19, Université de Ouagadougou, UFR/SH-UFR/LAC), pp.195-216.

6 Sanogo M.L., 1998, “ Problématique des langues nationales dans les organes de presse au Burkina Faso ”; Communication au séminaire atelier sur le thème : Pour une meilleure utilisation des langues nationales dans les médias pour servir la démocratie, organisé par le Conseil Supérieur de l’Information, Ouagadougou du 19 au 21 Octobre 1998 à Ouagadougou

7 Sanogo M.L., 1998-1999, Étude de faisabilité sur les Centres d’Éducation de Base Non-Formelle (CEBNF), Rapport d’étude en consultation publié par le bureau de la Coopération Suisse au Développement, Ouagadougou

8 Les centre Banma Nuana se répartissent en deux catégories : nous avons les centres Banma Nuana1 qui accueillent les enfants de 9 à 12 ans. Il s’agit des écoles satellites. Quant aux centres Banma Nuana2, ils sont ouverts aux jeunes de plus de 12 ans. Ce sont des CEBNF.


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